BENOÎT XVI
Larrivée de Benoît XVI comme successeur de Pierre et pasteur de lÉglise ma plutôt laissé avec un goût amer et une profonde déception. À lexemple de nombreux chrétiens et pasteurs, je me suis recueilli pour prier dans lespoir dy entendre lEsprit Saint, âme de lÉglise, de même que le Ressuscité, Tête bien vivante du Corps que nous formons tous, me faire comprendre où pouvait bien nous conduire ce choix.
Un peu comme pour les cardinaux au Conclave, une lumière sest faite en moi et une première réponse mest venue de Benoît XVI lui-même, plus particulièrement de lhomélie quil prononça à lentrée du Conclave et que nous rapportait Le Devoir du 20 avril :
Nous ne devrions pas rester des enfants dans la foi, comme des mineurs ? Que signifie ne pas rester des enfants ? Paul dans sa lettre aux Éphésiens répond à cette question : « Ainsi nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive, à tout vent de doctrines, joués par les hommes et leur astuce à fourvoyer dans lerreur. Mais, confessant la vérité dans lamour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête Christ. Et cest de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans lamour. » Éphésiens, ch. 4, 14-16
Cette référence au texte de Saint Paul que cite Benoît XVI dans ses premiers versets mais que jai cité en entier pour la circonstance, nous rappelle que le Christ tête est celui qui distribue les dons et les activités selon la mesure de chacun. Il nous dit que la foi qui nous habite est celle qui nous incite à prendre nos responsabilités dans la vérité et dans lamour selon la mesure de la grâce de Dieu en chacun de nous. Ainsi, être adulte dans la foi cest dabord et avant tout être attentif à cette foi, don de Dieu, que nous portons en nous et qui guide notre vie. Les doctrines et les idéologies, les convictions fondées davantage sur les astuces dhommes plus préoccupés de pouvoir et de manipulations que du témoignage de Jésus venu dabord et avant tout pour les pauvres, les pécheurs, les humbles, les laissés pour compte et pour toutes les personnes de bonne volonté ne doivent pas nous distraire des impératifs que la foi fait naître en chacun de nous.
Jai alors compris, à la lumière de cet extrait de Paul, que larrivée de Benoît XVI allait nous obliger à prendre en main notre propre foi et à lassumer, avec la grâce de Dieu, au meilleur de notre conscience.
La deuxième réponse mest venue dun courriel de Top Chrétien.com, fait inusité et quelque peu providentiel dans les circonstances. Jamais par le passé je navais reçu ce type de courriel:
Ephésiens 3.17-20.
« Que le Christ habite dans vos coeurs par la foi! Plongez vos racines dans lamour et soyez solidement construits sur cet amour. Alors vous serez capables de comprendre avec tous les chrétiens la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de lamour du Christ. Vous connaîtrez cet amour qui dépasse tout ce quon peut connaître. Vous recevrez toute la vie de Dieu, et il habitera totalement en vous. Dieu agit en nous avec puissance. Et quand nous lui demandons quelque chose, il peut faire beaucoup plus! Oui, sa puissance dépasse tout ce quon peut imaginer! »
Là encore, la réponse est à leffet que nous devons assumer notre propre foi, les décisions quelle nous inspire et nous fait vivre dans la sérénité et lamour. Nous ne devons plus attendre, comme un enfant, quon nous dise quoi faire, quoi penser, quoi dire. Lheure de la maturité dans la foi est arrivée. Il appartient dorénavant à la conscience de chacun, habitée par le Christ et son Esprit, dêtre le guide de sa vie. Il est évidemment du devoir de chacun de sinformer, de méditer les attitudes du Christ dans son milieu de vie, dêtre à lécoute de la parole de ses pasteurs, de celle de ses prophètes dhier et daujourdhui, de prendre en considération les divers enseignements de ses théologiens et docteurs, de se laisser inspirer par le témoignage de vie dhommes et de femmes de bonne volonté. Ainsi, soucieux de toujours plus damour dans la vie et de vérité avec soi-même et les autres chacun prendra les décisions les mieux éclairées et les plus conformes à sa situation. Personne dautre ne peut agir à sa place. Cest sans doute pour ces motifs que Jésus a, maintes fois, insisté pour que nous ne jugions pas, même pas la prostituée Marie Magdeleine. Il a également insisté sur le fait quIl se réservait le pouvoir et la responsabilité de départager, lors du jugement dernier, le bien et le mal. Il nous invite à attendre le temps de la moisson pour départager le bon grain du mauvais.
Ainsi, faut-il croire que lEsprit Saint a choisi, non sans laide active dune majorité de cardinaux, Benoît XVI comme pasteur universel de lÉglise pour nous forcer à assumer nos propres responsabilités et à devenir matures dans la foi ? Comme lécrivait Louis ONeill dans un article publié dans le journal Le Soleil du 20 avril : « Le pape est garant de lunité ecclésiale, mais il na pas pour mission dimposer luniformité. LEsprit Saint intervient à tous les échelons de la vie ecclésialeet dans toutes les confessions chrétiennesà la manière dun vent dont on ne sait pas doù il vient et où il va. »
Cette réponse, obtenue dans la prière, ma réconcilié avec cette nomination qui est une occasion nouvelle donnée à tous les croyants de devenir adulte dans la foi. Temple de lEsprit Saint, chacun dispose du nécessaire pour aller de lavant dans la confiance et la liberté des enfants de Dieu. Nentrons-nous pas ainsi dans une ère nouvelle où se confirme cette prophétie de Jérémie :
« Quand arrivera le temps, je réaliserai avec mon peuple une autre alliance :Je mettrai ma Loi en son intérieur, je lécrirai dans leurs curs. Je serai leur Dieu et il sera mon peuple. Ils nauront plus à senseigner mutuellement se disant les uns aux autres : connaissez Yahvé. Ils me connaîtront déjà tous, du plus grand au plus petit. »
Oscar Fortin, théologien