UN PAPE POUR UNE ÉGLISE VIVANTE
Le Christ et lEsprit Saint sont évidemment présents dans cette Église, mais leur présence, à lombre des dirigeants, va de haut en bas, cest à dire du Pape aux baptisés en passant par les Évêques et les prêtres. Leurs initiatives demeurent encadrées par la voie hiérarchique qui en assure lorthodoxie. Sil y a des voix discordantes ou prophétiques qui se font entendre en dehors des voies officielles, elles seront rarement perçues comme inspirées par Jésus de Nazareth ou lEsprit Saint. Dailleurs nous vivons en un temps où il semble ny avoir que très peu de prophètes. Plus de 40 ans après Vatican II, force est donc de constater que lÉglise, communauté de tous les croyants en Jésus de Nazareth, nest pas parvenue à simposer à une Institution encore fortement centralisée, plus préoccupée de doctrine et de morale que dÉvangile. Son appel à la conversion est plus souvent en fonction dun retour à la pratique religieuse et à lInstitution quà une remise en question de notre manière dêtre dans le monde.
Au moment où on se prépare à élire le successeur de Pierre, il nest pas superflu de remettre en évidence les principales caractéristiques de lÉglise telle quelle a pris naissance dans les premières communautés chrétiennes.
« Il y a un seul Corps et un seul Esprit
À chacun
la grâce a été donné selon la mesure du don du Christ
Et cest Lui qui a donné certains comme apôtres, dautres comme prophètes, dautres encore comme évangélistes, dautres enfin comme pasteurs et chargés de lenseignement
Cest de lui que le Corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans lamour. » (Éphésiens. 4,4-16)
Il est donc évident que lEsprit et le Christ sont au centre de lÉglise et quIls y occupent la toute première place. Ce sont eux qui distribuent les tâches et les dons de manière à ce que ce Corps croisse et se développe dans lamour. Sans diminuer en rien la responsabilité des apôtres (Pape, évêques, prêtres), ces derniers nont pas le monopole de laction de lEsprit Saint qui agit au cur de lÉglise. Ainsi, personne, hors le Christ et son Esprit, na ce monopole de la pensée et de laction de lÉglise. Il y a là une autonomie de foi et de vie qui échappe à tout contrôle absolu de lextérieur. Cest dailleurs dans cette autonomie de foi et de vie que se développent la conscience humaine et la responsabilité personnelle et communautaire.
Il y a donc une première conclusion à tirer de cette dynamique de laction de Dieu dans lÉglise : TOUS DOIVENT ÊTRE OUVERTS ET ATTENTIFS À CETTE ACTION QUI SEXPRIME À LA FOIS PAR LES PASTEURS, PAR LES PROPHÈTES, PAR LES ÉVANGÉLISTES, LES ENSEIGNANTS, LES BAPTISÉS ET TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ. Il ne fait aucun doute que le prochain Pape devra être en mesure de témoigner de ces dons de Dieu qui se manifestent un peu partout dans le monde et dêtre en mesure dinviter tous les croyants et les personnes de bonne volonté à être à leur écoute. La voix des anathèmes et des condamnations devrait normalement laisser plus de place au « mea culpa », non pas seulement pour les siècles passés mais aussi pour les temps présents.
Une deuxième conclusion simpose delle-même : Toutes les questions de morale trouvent ultimement leur réponse dans la conscience responsable de chaque croyant. Chacun sait répondre au meilleur de sa connaissance et selon le don de Dieu aux défis que la vie lui apporte. Que ce soit des questions sur la vie, la mort, la contraception, le divorce et tout ce qui peut se présenter, chacun est ultimement seul à discerner sa propre réalité et ce qui répond le mieux au sens du bien dans tel ou tel cas. À ce sujet, Jésus a une parole sans équivoque : ne jugez pas et il ajoute pour quil ny ait pas dambiguïté quil est venu pour les malades et non pour ceux qui sont en santé. En ce sens le prochain Pape devrait être en mesure de reporter au niveau de la conscience personnelle et de lEsprit Saint présent dans le cur des croyants la responsabilité des décisions à prendre sur les questions de lEuthanasie, de lavortement, du mariage des personnes du même sexe, de la contraception, finalement de tout ce qui interpelle le monde contemporain. Si elle donne des orientations sur le caractère absolu de certaines valeurs comme le bien, le mal, la vie, la mort, le vrai, le faux, elle en laisse la gestion à la conscience personnelle de chacun qui chemine dans la relativité des conditions dexistence. La présence de lEsprit Saint dans leur vie, aussi réelle et efficace que celle présente dans le conclave, saura aider chacun à faire la part des choses et à défaut de sy conformer selon les impératifs de leur conscience à en reconnaître les faiblesses.
La troisième et dernière conclusion qui se dégage porte sur une nécessaire décentralisation de lInstitution qui se doit dêtre davantage préoccupée dÉvangile que de doctrine, de manière dêtre que de morale, de solidarité et douverture desprit que de discipline et de pratique religieuse. Nos églises de pierres pourront tomber, mais celles faites de chair ne feront que croître. Le prochain Pape devra croire pleinement au Ressuscité et en lEsprit Saint, tous deux très présents dans le monde ainsi quà leur action dans les Églises locales et dans le cur de tous les chrétiens et de toutes les personnes de bonne volonté. Il saura ainsi leur laisser toute la place qui leur revient. Ainsi agissa Pierre avec Paul et toutes les initiatives qui surgissaient sous laction de lEsprit Saint dans les premières communautés chrétiennes.
Oscar Fortin