CUBA ENTRE DEUX MONDES: HAÏTI ET MIAMI
(Une suite à larticle de Guy Taillefer)
http://www.ledevoir.com/2005/03/12/76894.html
Lorsquen 1958, Papa Doc régnait sur Haïti et que Batista en faisait tout autant sur Cuba, les populations de ces deux pays connaissaient une classe de riches et une classe de pauvres, analphabètes, sous-alimentés, avec des taux élevés de mortalité infantile et vivant dans des conditions plutôt sous humaines. Il ny avait pas beaucoup de places pour une classe moyenne. Voisins lun de lautre, tous les deux étaient dans les bonnes grâces de la Maison Blanche. Il ny avait ni blocus, ni condamnation pour non respect des droits de la personne. La mafia de Miami et les hommes daffaires pouvaient y circuler librement.
En 2005, 48 ans plus tard, nous regardons de nouveau ces deux pays : Haïti, toujours sous le protectorat américain et Cuba sous le leadership de Fidel Castro depuis plus de 46 ans. Tous les deux demeurent des pays du Tiers-monde avec de la pauvreté, de la corruption, bien quà des degrés divers, et des bateaux de fortunes entraînant autant de personnes quil est possible den apporter pour atteindre des rivages économiquement plus prometteurs. Je ne connais pas beaucoup de gens de ces milieux qui ne souhaitent pas un jour accéder aux bienfaits de la société de consommation. Que ce soit en Haïti, en République Dominicaine, au Salvador, en Equateur ou tout autre pays du Tiers-monde, tous diront quils changeraient en tout temps leur situation avec celle des familles aisées de nos sociétés. Plusieurs tentent leur chance au risque de leur vie, soit par bateau ou encore par terre en se dirigeant vers les frontières du Nord. Il ny a donc pas de quoi faire de Cuba et des cubains en général un cas spécifique. Même dans nos sociétés, bien des gens de nos bidonvilles rêvent un jour de prendre des vacances dans les Iles enchanteresses ou encore se balader avec des autos derniers modèles.
Les différences entre Cuba et Haïti se manifestent par contre et de façon sans équivoque dans le développement qui sest réalisé dans chacun des deux pays depuis les 47 dernières années. Si la situation en Haïti na guère progressé depuis toutes ces années en dépit des aides internationales qui nont cessé daffluer et de labsence de tout blocus économique, celle de Cuba a fait des bonds qualitatifs que nous ne pouvons passer sous silence à moins dêtre de mauvaise foi. Le taux de mortalité infantile est devenu un des plus bas de lensemble des pays du Continent. Lanalphabétisme a été réduit pratiquement à zéro alors que laccès aux études plus avancées a permis de développer des spécialités dont celle de la médecine qui font aujourdhui de Cuba un leader dans ce domaine. Plus de 15 000 médecins sont déployés dans divers pays en développement pour y apporter une aide et y donner de la formation. Tout en respectant Haïti et un bon nombre de pays de lAmérique centrale, aucun de ces derniers na atteint ce niveau de développement.
Ce développement sest réalisé en dépit dun blocus économique sévère de la part de son voisin du nord, les Etats-Unis, blocus condamné par les Nations Unies année après année. Même le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Cuba, a condamné avec force ces mesures injustes qui vont à lencontre du respect du droit des peuples à disposer deux-mêmes. Lex Président Jimmy Carter lors dun séjour prolongé à Cuba à lété 2002 a également reconnu que cétait là une mesure qui ne pouvait plus se justifier et quelle était tout à fait inefficace. Loin dobtempérer à ces appels venant de haut lieu, lactuelle administration étasunienne en a rajouté tout dernièrement en rendant encore plus difficiles les déplacements de cubains vivant aux Etats-Unis vers leur terre (une fois tous les trois ans) et leur interdisant lenvoie dargent pour aider leurs familles. Jaurais apprécié que le journaliste du Devoir explicite davantage ces mesures administratives et les contraintes quelles ont tant pour les cubains de Miami que pour ceux dans lIle. Il eut été également intéressant que M. Guy Taillefer, discute des conséquences de ces dernières mesures avec des économistes cubains et demande pourquoi le gouvernement cubain a établi le peso convertible. Sans doute auraient-ils apporté un éclairage différent de celui donné par lle politologue américain, Javier Corales. De quoi permettre une meilleure analyse de la situation et assurer ainsi une saine information.
Jai personnellement vécu dans plusieurs pays de lAmérique Latine, dont le Chili et le Mexique, et jai voyagé dans plusieurs autres. Jai également séjourné à titre de touriste à Cuba. Dans chacun de tous ces pays, je naurais aucune difficulté à interroger des gens pour y retrouver à peu près la teneur des propos que je souhaite transmettre. Ceux qui savent des techniques de communication et des moyens civilisés de manipulation peuvent en toute innocence présenter la réalité sous langle qui leur convient le mieux. Pour cette raison, la vérité, pour autant quelle puisse être cernée, me semble mieux servie lorsque les intervenants viennent des diverses tendances. Na-t-on pas donné loccasion à plusieurs reprises à lambassadeur des Etats-Unis de présenter son point de vue sur le bouclier anti-missile et sur la guerre en Irak ? Pourquoi nen ferions-nous pas autant avec les représentants du gouvernement cubain ? Il me semble que ces gens apporteraient à notre réflexion des aspects qui éclaireraient la formation de notre opinion. Aujourdhui nous sommes suffisamment prémunis pour savoir que de part et dautres chacun tire la couverte de son côté. Mais encore faut-il donner la parole aux deux parties.
Jai eu loccasion de visionner le documentaire réalisé par Oliver Stone, El Commandante. Interdit aux Etats-Unis par lAdministration Bush, il a été présenté en soirée et sans trop de publicité (23h00) sur le réseau anglais de Radio Canada. Jai alors écrit les commentaires que ce documentaire ma inspirés et que jai transmis au journal Le Devoir. Il ny avait malheureusement pas suffisamment despace pour quils soient publiés. Pour ceux qui souhaiteraient en prendre connaissance je les réfère au site internet :
Oscar Fortin, politologue