DÉBAT D'ÉGLISE
NOS PARADOXES DANS LA FOI
La mémoire historique se fait bien discrète lorsque vient le temps de se poser certaines questions fondamentales. À lire certains articles portant sur le débat actuel de lÉglise dans le monde daujourdhui, on a limpression de retrouver les débats qui avaient cours au temps de la vie publique de Jésus. À ce moment les discussions portaient pour les uns sur le respect à accorder au Sanhédrin et à la loi prescrite par les grands prêtres et pour les autres sur limportance à accorder au prochain et à lesprit de la Loi de Dieu. Jésus, en réponse à ses détracteurs, quil qualifiait alors dhypocrites et de sépulcres blanchis, réaffirma quil nétait pas venu abolir la Loi, mais laccomplir. Quelques années plus tard, Paul de Tarse sera confronté à un conflit semblable que les Actes des Apôtres, aux chapitres 25 et 26, nous racontent dans le détail.
Aujourdhui le débat se déplace, cette fois, entre ceux qui se portent à la défense dune Église et de sa doctrine et ceux qui se prévalent de Jésus et de son Évangile. Loin de tirer les leçons de ces conflits passés mettant en scène le fondateur de lÉglise et le Sanhédrin certains se referment sur le monde de linstitution et condamnent sans nuance ceux et celles qui cherchent à ouvrir les fenêtres de cette même institution sur lesprit initial qui lui a donné naissance. Pourtant, de part et dautre, on veut faire vivre lÉvangile et permettre à Jésus de Nazareth dêtre linspiration de nos vies.
Comme chrétiens, nous allons vivre dans les semaines qui viennent cette histoire des accusations, de la condamnation et de la mort de Jésus de Nazareth. Nous avons tous intérêts à bien méditer cette histoire. Sommes-nous de ceux qui allons crier avec Pilate et le Sanhédrin « à mort, à mort » ou encore de ces quelques autres qui oseront, avec Jean, Marie, sa mère, et Marie Madeleine, la pécheresse, sidentifier à ce Jésus ?
Je pense sincèrement que nous avons tous un examen de conscience sérieux à faire, quelque soit les positions prises dans ces débats qui confrontent les tenants dune certaine forme dÉglise avec les tenants dune certaine forme d'Évangile. Si, tout au long de lhistoire, des centaines de milliers de personnes, à lexemple de Jésus de Nazareth ont affronté le martyr, ce nest sûrement pas pour sauver des privilèges ou des avantages de toute nature. Ils y sont allés au prix de leur vie pour sunir à laction de Jésus de Nazareth qui a voulu que les pauvres, les humbles, les affamés, les veuves, les prisonniers, les laissés pour compte, et aujourdhui nous pourrions ajouter les personnes âgées, aient droit de citer dans notre monde en y occupant une place tout aussi respectable que les autres.
Une question doit donc nous guider dans cet examen de conscience : où sommes-nous par rapport à ce monde pour lequel Jésus et beaucoup dautres ont donné leur vie ? Que faisons-nous pour en être solidaires ? Sommes-nous à protéger davantage nos acquis institutionnels que les droits de justice, de vérité, de paix et de vie de tous les humains de la terre ? Cest seulement dans le cadre de ces questions et des réponses que nous y apporterons que nos débats trouveront un sens. Si Jésus est venu pour sauver lhumanité, cest avec cette humanité quil nous faut être et tout particulièrement, dans cette humanité, avec les chaînons les plus faibles.
Que la lecture du Jugement dernier soit pour tous un guide. (Mathieu, ch.25, v. 33-46)
Oscar Fortin