NOTRE PÈRE…
La prière la plus connue et la plus répétée dans le monde est sans nul doute celle que nous a léguée Jésus de Nazareth. Dans cette prière l’ÊTRE SUPRÊME n’est plus un dieu anonyme, mais un PÈRE tout comme ceux et celles qui l’invoquent ne sont plus des créatures, des étrangers, des inconnus, mais des fils et des filles, liés les uns aux autres par des liens universels de fraternité. Le « NOTRE PÈRE » fait de l’humanité une seule et même grande famille. Il n’y a plus d’exclu, ni de maître, ni d’esclave, mais que des frères et des sœurs répondant à un même Père. Du plus grand au plus petit, du plus riche au plus pauvre, tous ont à répondre à cette question qu’Il ne cesse de nous souffler au plus intime de la conscience: que fais-tu de ton frère, de ta sœur?
Cette ouverture à cett
e universalité de ces liens de fraternité nous interpelle d’autant plus que le monde est devenu un
grand village où se révèle à travers les écrans de nos télévisions, les revues, les journaux, les télécommunications et internet une famille humaine mutilée, divisée, brisée. Nous ne pouvons plus cacher aux deux tiers de cette grande famille humaine la place que leurs frères bien nantis
se sont taillée sur cette planète, pas plus que nous ne pouvons cacher aux frères biens nantis la pauvreté et la misère dans lesquelles, par les politiques interventionnistes et conquérantes de
leurs dirigeants, ils les maintiennent.
Les économistes, les politologues, les sociologues et bien d’autres sont en mesure,
aujourd’hui, d’analyser cette situation dans la
quelle se trouve l’humanité et d’en
dégager les principales composantes qui en expliquent, en grande partie, les maux qui l’assaillent. Il ne fait plus de doute pour personne que la cupidité des uns et l’indifférence de plusieurs
autres rendent possible le développement de monopoles, d’oligarchies et d’empires qui en viennent à contrôler les principaux pouvoirs que sont l’argent, les institutions financières, politiques,
économiques, juridiques ainsi que les cupules des institutions religieuses. Ces mêmes spécialistes du développement des sociétés et de la société humaine dans son ensemble sont en mesure de dire
que ces maîtres du
monde n’ont d’autre intérêt que celui de voir grandir toujours plus
leur emprise sur les peuples et leurs richesses. Ils imposent leurs lois, placent leurs intérêts et leur sécurité au dessus de ceux de tous les autres. Malheur à qui osent élever la voix pour mettre à nue cette cupidité ou pour dénoncer l’usurpation d’un pouvoir qui se doit de répondre d’abord et avant tout à un impératif
de fraternité et de solidarité universelle. Le PÈRE n’est-t-il pas celui à qui le monde doit répondre de ses actions? Ce n’est pourtant pas ainsi que l’entendent les puissances qui dominent et
contrôle notre monde.
QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR TERRE
Le Père, invoqué dans cette prière, est partie prenante du destin de la famille humaine. Sa volonté et son engagement nous sont manifestés par les prophètes d’hier et d’aujourd’hui, par le témoignage de Jésus que nous ont transmis les Évangiles et par celui des martyrs, morts au combat pour une humanité plus juste, plus fraternelle et plus vraie, que nous a laissé l’histoire.
Déjà, il y a plus de 2700 ans, un prophète, du nom d’Isaïe, prenait la parole au nom de ce
Père, toujours présent et actif dans l’histoire de cette humanité en marche vers la grande fraternité universelle. Il relevait le fait qu’en dépit des espoirs mis dans un peuple élu (Israël) pour
promouvoir le droit et la justice il
n’y retrouvait qu’iniquité et cris de douleurs.
« Il attendait le droit et voici l’iniquité, la justice et voici les cris. » (Is. 5 :7)
Le diagnostique du Père est implacable et sans appel: « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison,
qui joignent champ à champ jusqu'à ne plus laisser de place et rester seuls habitants au milieu du pays. »(Is. 5 :8) « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui
font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l'amer le doux et du doux l'amer. » (Is.5 :20) Malheur à ceux qui décrètent des décrets d'iniquité, qui écrivent des rescrits d'oppression pour priver les faibles de
justice et frustrer de leur droit les humbles de mon peuple, pour faire des veuves leur butin et dépouiller les orphelins. » Is. 10 :1-2)
Dans les Évangiles, Marie, encore enceinte de
Jésus, est la première à faire écho au renversement de cet ordre où les puissances, usurpatrices des droits des autres, se verront détrônées alors que les pauvres se verront élevés.
«Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles. Il a comblé de
biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. (Lc. 1 :51-53) Dans son Sermon sur la montagne, dit des Béatitudes, Jésus a ces
paroles: « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux ». (Mt.
5 : 10) Peu de temps avant d’être condamné à mort par ces puissances, complices entre elles, il s’en prend avec autorité à cette hypocrisie dont elles s’enveloppent : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle
apparence, mais au-dedans ils sont pleins d'ossements de morts et de toute pourriture; ». (Mt. 23 :27) Enfin, dans le livre de l’Apocalypse nous est révélé l’aboutissement de
ce grand projet du Père en faveur de sa grande famille humaine.
« Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n'y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est allé. (Ap. 23 :3-4) « C'en est fait, me dit-il encore, je suis l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. Telle sera la part du vainqueur ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils. Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l'étang brûlant de feu et de soufre : c'est la seconde mort. » (Ap. 21 :6-9)
Croyants ou pas, cette volonté du Père va indéniablement dans le sens des solidarités qui se tissent entre
les peuples et les nations. Elle va également
dans le sens de
cette soif de justice, de vérité et de paix qui monte de la conscience de cette humanité. À Cochabamba,
en Bolivie, un des pays les plus pauvres de l’Amérique latine, une voix
collective s’est fait entendre en cette fin de semaine du 17 et 18 octobre 2009. C’était une voix nouvelle, une voix portée par une nouvelle
humanité, une humanité à l’AUBE d’un jour nouveau. Il est évident que nos médias et les puissances de ce monde n’ont pas fait écho à cette VIIème rencontre de l’ALBA (ALLIANCE BOLIVARIENNE POUR LES PEUPLES DE NOTRE AMÉRIQUE, mais
aussi, dans sa traduction française, AUBE). Les neuf pays, participant à cette alliance, ont parlé des droits de la « mère terre », de solidarité, de partage, de mise en commun des ressources pour répondre en priorité aux besoins fondamentaux des personnes et des
collectivités. Ils ont condamné les approches impérialistes et dominatrices de ceux qui veulent imposer au monde leurs lois et, en tout, satisfaire leurs ambitions égoïstes et partisanes. Ils se
sont donné une nouvelle monnaie pour leurs échanges commerciaux le « SUCRE », abandonnant ainsi le
dollar.
ÉVO MORALES, président de la Bolivie, présidait cette re
ncontre de l’ALBA. Issu d’une civilisation (aymara) plusieurs fois millénaires, il en a exprimé
la sagesse et la grandeur. Bien des poètes et des prophètes qui ont sillonné
cette longue histoire avaient anticipé ce jour de la « NAISSANCE D’UN HOMME NOUVEAU ». Fidel Castro, pour sa part, a consacré son dernier article à ce jeune Président dont les
réalisations lui auraient amplement mérité le PRIX NOBEL DE LA PAIX 2009. Un magnifique témoignage à lire dans sa traduction française.
Oscar Fortín
Québec, le 19 octobre 2009
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Le débat portant sur la place que doivent occuper « laïcité et religion » dans notre
société m’apparait être un faux débat. En effet, chacun de ces deux termes n’arrive pas à dire ce qu’est vraiment l’humain et le divin dans cette marche de l’homme et de la femme vers un monde de
justice, de solidarité, de vérité, de paix, de liberté et d’amour. Ils se définissent l’un par rapport à l’autre, mais non pas par rapport au combat d’une humanité à la recherche de son plein
développement. Ne serait-ce pas que les religions, à travers les siècles, aient perdu contact avec la véritable divinité tout comme les laïcités avec la véritable humanité?