LA BÉATIFICATION DE JEAN-PAUL II

Publié le par oscar fortin

  1. JOIE, INDIFFÉRENCE, ÉNYGME

 

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1.       La joie de gens humbles et sincères

Il ne fait pas de doute que la nouvelle de la Béatification de Jean-Paul II au printemps prochain fasse la joie de milliers d’admirateurs et d’admiratrices qui l’auront vu ou suivi dans ses bains de foule lors de ses nombreux voyages à travers le monde. À n’en pas douter, il était investi d’un charisme qui lui gagnait facilement l’admiration et la sympathie des gens humbles, des gens de bonne foi, tous heureux et toutes heureuses de voir et d’entendre de si près l’homme et le pasteur. Sous bien des aspects, il était devenu une « star » comme le deviennent les chanteurs, les groupes musicaux, les grands sportifs. Sa personnalité et son charisme en faisaient naturellement un personnage qui atteignait le sommet de sa forme lorsqu’en présence de foules enthousiastes.

2.       La joie de croyants intégristes et traditionnalistes

Cette béatification réjouira également ceux et celles dont la foi s’exprime et se reconnaît davantage dans les formes  traditionnelles de l’Église que dans celles, plus modernes, générées par Vatican II.  Jean-Paul II aura su mettre à l’ombre certaines réformes pour redonner de la vigueur à des formes plus traditionnelles de la pratique religieuse.  Sur le plan doctrinal, il a mis à l’avant scène de ses grands combats, entre autres,  les contraceptifs, le mariage des personnes de même sexe, l’avortement, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, le communisme et la théologie de libération. Sur le plan administratif, il n’aura pas donné beaucoup de substance à la collégialité voulue par Vatican II.  Pendant ses 27 années de son Pontificat il aura renouvelé presqu’en totalité l’ensemble des évêques et des cardinaux. Inutile de dire que les orientations doctrinales et pastorales de ces nouveaux élus  devaient correspondre, autant faire se peut, à celles du Pape. D’ailleurs, à partir de 1989, tous les élus à ces fonctions doivent faire un serment dans lequel ils reconnaissent, même sur des questions non définitivement clarifiées, « qu’ils adhèrent aux doctrines énoncées par le Pontife Romain ou par le Collège des Évêques, lorsqu’ils exercent le magistère authentique, même s’ils n’entendent pas les proclamer par un acte définitif. » Tout, en somme, pour rassurer et plaire aux tendances les plus conservatrices de l’Église et faire taire toute dissension au sein de l’épiscopat. Plusieurs y verront une influence directe de l’Opus Dei  dont la présence est grande au Vatican et que certains considèrent même comme la main cachée qui décident des nominations, y incluse celle des papes.

3.       L’indifférence d’un grand nombre

Pour plusieurs autres, il faut le dire, cette béatification, comme toutes les autres, ne signifie vraiment plus rien. C’est là une pratique héritée de siècles passés qui ne cadre plus avec les temps que nous vivons. D’ailleurs, quelle crédibilité peut-elle avoir alors qu’elle laisse de côté de véritables martyrs comme ce fut le cas de Mgr Romero au Salvador et de nombreux autres prêtres et laïcs, et qu’elle déploie un zèle rarement vu pour placer sur les autels le fondateur de l’Opus Dei, Josemaria Escriva, proche de Franco et de dictateurs latino-américains? Les gens ne sont pas sans se rendre compte qu’il y a là comme dans tous les pouvoirs, des jeux de coulisse, d’influence qui conduisent certains plus vite que d’autres aux honneurs d’une médaille, d’une promotion honorifique et, dans le cas de l’Église, d’une béatification et d’une canonisation. Cette procédure de l’Église n’a pas pour effet de modifier le sort réservé au défunt dans l’autre monde où le conduit son destin. S’il est avec Dieu il y demeure, et s’il ne l’est pas, il ne le deviendra pas plus avec  béatification ou canonisation. L’objectif est de donner des modèles de vie au monde, mais cela ne peut se faire sans qu’interviennent des considérations idéologiques et, du fait même, partisanes. Le prêtre ou l’évêque assassiné en Pologne par des communistes sera vite considéré comme un martyr à imiter. Par contre ce même prêtre ou évêque assassiné par des dictatures militaires latino-américaines sera plutôt considéré comme suspect. En faire un exemple de foi serait malsain pour la communauté.

4.       Des engagements politiques discutables

Un des points fort discutable du règne de Jean-Paul  II est celui du rôle politique qu’il a joué en Amérique latine. Il aura été un ardent collaborateur des politiques du Président Reagan, entre autres, dans sa lutte contre le gouvernement Sandiniste et les forces révolutionnaires dans les autres pays de la région. On se souviendra de sa visite au Nicaragua, en 1983, où il s’est présenté comme un véritable chevalier qui allait remettre ce pays sur la voie de la démocratie et de la liberté. Les trois prêtres, participant à ce gouvernement à des postes ministériels importants (éducation, culture, relations extérieures) et cautionnant par leur présence le le caractère soi disant communisme et athéisme de ce dernier, seraient mis au pas.  Qui ne se souvient pas de ce ministre de la Culture, ce prêtre poète, Ernesto Cardenal, qui l’attendait à sa descente d’avion? Agenouillé pour recevoir sa bénédiction, il a  plutôt eu droit à une remontrance et à une démonstration d’autorité qui ne témoignait pas beaucoup du bon pasteur que nous présente le Jésus des Évangiles. Quant à la célébration eucharistique, devant des dizaines de milliers de  personnes, elle ne fut guère mieux. Son discours, inspiré par les opposants au régime, devenait tout autant une insulte pour les partisans et partisanes du gouvernement et qu’une ingérence inacceptable. Il n’a eu aucun mot pour condamner les « contras » cette force de mercenaires, financée par le gouvernement Reagan, cherchant à renverser le gouvernement sandiniste. La veille seize personnes avaient été tuées par ces mercenaires et les mères de ces victimes auraient voulu que le Pape leur dise quelques mots d’encouragement et prie pour leurs fils et leurs filles tombées sous les balles de ces derniers. Il n’en fut rien. La cérémonie s’est terminée dans la confusion et il est vite reparti bredouille prendre son avion. Ces croyants et croyantes n’avaient pas reconnu le messager de l’Évangile, mais celui de Reagan.

Un autre moment fort aura été sa visite à Santiago du Chili, en 1987, toujours sous la direction du dictateur Augusto Pinochet. Le monde était en attente d’un Jean-Paul II capable, comme il l’avait été en Pologne, de parler haut et fort. Il s’attendait qu’il dénonce ces milliers d’assassinats, ces dizaines de milliers de torturés, de prisonniers et d’expatriés. Il a plutôt parlé du respect des libertés fondamentales, une manière bien diplomatique de ne pas entrer dans les détails. Le peuple Chilien  s’attendait à ce qu’il parle de la démocratie, bafouée depuis 1973. Il n’en fut rien. Il a réservé une  bénédiction spéciale à Pinochet et à ses proches. Dans ses interventions publiques il s’est fait très discret. Si ce n’eut été de cette intervenante, qui, laissant soudainement de côté le texte qu’on lui avait préparé, se mit à raconter au Saint-Père la douleur d’un peuple qui a été victime d’un coup d’État militaire suivi d’une répression sanglante comme jamais auparavant : arrestations arbitraires, assassinats, disparitions, tortures, emprisonnements et des dizaines de milliers d’expatriés. Voilà ce qu’il fallait que le monde sache et que sache Jean-Paul II. Inutile de dire que tous ces beaux personnages sur la tribune d’honneur ne savaient plus où se mettre. Il fallait cette femme toute frêle pour dire ces choses, même au risque de sa propre sécurité.

        5.  La Médaille de la liberté

C’est sans doute cette collaboration apportée aux politiques des États-Unis dans le monde et particulièrement en Amérique Latine et en Union Soviétique qui lui aura mérité cette médaille de la liberté que G.W. Bush lui a remise lors d’une visite planifiée à cette fin au Vatican, en 2001. Les partisans de ce type de liberté s’en sont réjouit, mais ceux qui en sont les victimes et les exclus, n’ont pu  qu’en être profondément tristes. Le Seigneur n’a-t-il pas dit que « seule la Vérité vous rendra libre », mais voilà que cette médaille est remise par celui-là même qui allait mentir ouvertement au monde pour justifier l’invasion de l’Irak.

CONCLUSION

Jean-Paul II est certes un monument que l’histoire ne saurait ignorer. Bien des questions demeurent toutefois sans réponse et bien des interventions demandent des éclaircissements. Le temps permettra d’y voir plus clair. Il est toutefois dommage qu’il ait demandé, avant de mourir, que l’on détruise ses archives personnelles. Sans doute une source d’information importante pour comprendre ces moments de l’histoire à laquelle il a été étroitement associé. Pour sa part, Benoît XVI semble particulièrement pressé de procéder à cette béatification, dérogeant ainsi à la règle qui prévoit un délai de 5 ans avant d’entreprendre toute procédure de béatification et de canonisation. À ce que nous sachions, il n'y a pas feu dans la demeure ni de quoi justifier pareille dérogation à la procédure. Alors, d’où vient donc cette urgence?

 

Oscar Fortin

Québec, le 16 janvier 2011

Références du même auteur sur internet

http://humanisme.over-blog.com/arti...
http://humanisme.over-blog.com/arti...
http://humanisme.blogspot.com/2005/...

 

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