Jai abandonné depuis maintenant plusieurs années mon militantisme à lintérieur du Parti Québécois. Je nen demeure pas moins un indépendantiste qui souhaite ardemment lavènement dun Québec souverain ouvert sur le monde et évidemment sur un Canada renouvelé. Le débat actuel sur le leadership au sein du Parti ne me laisse toutefois pas indifférent Pour moi il y a deux Bernard Landry : celui du pouvoir et celui de la cause.
Jai abandonné depuis maintenant plusieurs années mon militantisme à lintérieur du Parti Québécois. Je nen demeure pas moins un indépendantiste qui souhaite ardemment lavènement dun Québec souverain ouvert sur le monde et évidemment sur un Canada renouvelé. Le débat actuel sur le leadership au sein du Parti ne me laisse toutefois pas indifférent Pour moi il y a deux Bernard Landry : celui du pouvoir et celui de la cause.
LE BERNARD LANDRY DU POUVOIR
Ses ambitions le conduisaient à vouloir superviser le commerce international et les relations internationales sans trop dégard pour ses collègues. À cette époque, jai entendu bien des commentaires, pas toujours élogieux, sur ce jeune ministre à la fois intelligent et aux ambitions élevées, peu scrupuleux « du brasse camarade » auquel donnaient lieu ses interventions. Le poste et les fonctions quil occupait au sein du Conseil exécutif inspiraient le respect, mais sa personnalité et son exercice du pouvoir en offusquaient plus dun. Il na pas été étranger aux luttes qui samorçaient aux changements de leadership : celle de Pierre Marc Johnson en remplacement de René Lévesque, puis celle de Jacques Parizeau en remplacement de Pierre-Marc Johnson. Cest la démission de Lucien Bouchard qui lui aura ouvert toute grande la porte au poste de Premier ministre du Québec.
Il a été un Premier ministre décevant pour plusieurs. Le pouvoir la évidemment comblé et les occasions den imposer ne lui ont pas manqué. En même temps, il a succombé, lui aussi, au piège des privilèges accordés à des amis, de quoi alimenter les rumeurs de scandales qui ont fait la nouvelle des dernières années. La défaite du Parti Québécois aux dernières élections peut sexpliquer en grande partie par la déception quant à la performance de son gouvernement qui se ramenait au niveau de celui de tout autre parti politique. Le goût du pouvoir de ses ministres, habitués aux avantages qui laccompagnent, en avait faits des personnages coupés de leur base ainsi que des valeurs de ceux et celles qui les y avaient placés. Un temps darrêt simposait pour revenir aux réalités de la vie et faire un examen de conscience sur la manière dexercer le pouvoir au service de leurs commettants. Ce fut la défaite électorale et le retour dans lopposition.
Avec un tel portrait comment alors vouloir que ce même Bernard Landry demeure à la tête de ce parti et redevienne éventuellement Premier ministre du Québec? Ny a-t-il pas dans cette description tous les ingrédients pour justifier son remplacement ? De quoi lui souhaiter un retour dans ses terres pour y vieillir dans la paix, laissant à dautres le soin de poursuivre la route?
LE BERNARD LANDRY DE LA CAUSE
Je pense sincèrement que le Bernard Landry daujourdhui nest plus tout à fait le même que celui décrit plus haut. Il y a en lui quelque chose de changé : un vécu personnel qui la ramené à beaucoup plus dhumilité, lexpérience dune défaite électorale qui lui a donné une plus grande maturité politique, lacquis dune certaine indépendance personnelle et professionnelle qui lui assure une plus grande liberté pour agir au-delà des ambitions de carrière. Il a compris un certain nombre de choses qui en font plus que tous les autres un candidat libéré des illusions du pouvoir, mieux prémuni des manipulations de son environnement immédiat, plus disposé à donner le meilleur de lui-même au service de la cause qui réunit tous les indépendantistes du Québec. Son expérience, sa maturité politique et humaine, son intelligence et le leadership, libéré des pressions dun environnement calculateur, en font maintenant un homme tout désigné pour poursuivre un travail quil peut, dans les circonstances, assumer mieux que ceux qui ambitionnent le remplacer. Le Bernard Landry suffisant laisse plus de place à un Bernard Landry attentif et à lécoute. Lhomme de pouvoir devient plus déterminé à servir les objectifs pour lesquels le Parti existe, entre autres, lindépendance du Québec et la sociale démocratie adaptée à la réalité québécoise.
Cette perception dun Bernard Landry transformé sera mise à lépreuve dans sa manière de gérer la présente crise qui secoue la Parti. Il lui faudra se prémunir contre ses vieux démons. Je crois sincèrement quil aurait tout à gagner à ouvrir toute grande les portes à une course à la chefferie. Ce serait pour lui une occasion toute spéciale de faire découvrir à tous les membres du parti et aux Québécois dans leur ensemble lhomme nouveau quil est devenu. Ce serait également une opportunité unique daller chercher la crédibilité indispensable pour mener à bien la prochaine campagne électorale et le référendum sur lindépendance du Québec. Il ferait taire toutes les rumeurs dun homme toujours plus attaché à son poste de Chef quà la cause elle-même. Une victoire lui assurerait une crédibilité renouvelée pour aller de lavant.
Jespère que les faits viendront confirmer cette perception dun Bernard Landry renouvelé et toujours, dans les circonstances, le plus apte à relever les défis des prochaines années.
Oscar Fortin
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
