CANONISER POUR QUI ET POUR QUOI ?

Publié le par Fortin

 

 

Le pape Jean-Paul  II a, pour ainsi dire, démystifié et quelque peu banalisé la procédure de béatification et de canonisation en procédant lui-même à la béatification et à la canonisation de plus de 800 personnes. Il est évident qu’une analyse des candidats et candidates retenues et ainsi que celle de ceux laissés de côté ne peuvent que mettre en évidence les idéologies politiques et théologiques qui les sous-tendent.

 

D’abord, il est important de signaler que la décision de l’Église de déclarer saint ou bienheureux quelqu’un ne change absolument rien à sa situation dans l’éternité.  S’il est  déjà près de Dieu, il le demeure et s’il ne l’est pas il ne le devient pas plus vite. En cette matière le Pape n’a pas beaucoup d’influence. En second lieu, toute personne qui croit en la sainteté d’une autre personne, que ce soit son père, sa mère, une amie peut l’invoquer et la prier autant de fois qu’elle le souhaite sans que personne n’ait à y redire. Qui de nous n’a pas de ces êtres chers que nous avons côtoyés et dont la vie et l’engagement nous ont édifiés ? Quoi de plus normal, dans la foi, de continuer à nous adresser à ces êtres dont l’amour et l’exemple nous a été si près. Aucune permission n’est requise pour le faire. La communion des saints est là pour nous y encourager.

 

Pourquoi alors l’Église s’investit-elle autant dans cet exercice de la béatification et de la canonisation de certains de ses membres? Sans nul doute pour mettre en évidence le mode de vie de certaines personnes ainsi que l’exemple de foi qu’elles ont témoigné de leur vivant. Mais aussi et surtout pour qu’il y ait un culte public qui leur soit rendu de manière à ce que leur exemple devienne une inspiration pour les chrétiens. Les apôtres, les chrétiens martyrs, les Pères de l’Église et de nombreux témoins de la mystique chrétienne en font partie.  Les litanies des saints en énumèrent un bon nombre.

 

La question que nous nous posons maintenant est celle de savoir qui décide que telle personne mérite d’accéder au trône de la sainteté et une autre pas. Certains diront que c’est l’élan même de la foi des chrétiens qui considère déjà telle ou telle personne comme faisant partie de la communauté des saints. L’exemple de mère Teresa et tout récemment celui exprimé en faveur de Jean-Paul II illustrent bien cet argument. D’autres diront que les candidatures soumises par divers regroupements sont également prises en compte. Dans tous les cas une procédure doit être suivie dont celle portant sur la réalisation de miracles certifiés… Dans le cas des martyrs pour la foi, cette reconnaissance de sainteté va pratiquement de soi. Leur sang en est un témoignage éloquent.

 

Mais q            u’en est-il maintenant de cette démarche? Ces règles ne deviennent-elles pas caduques dans ce monde où les moyens de communication et la prédominance des idéologies de ceux qui en ont le contrôle permettent à peu près tout. Grâce à ces moyens ils peuvent créer des mouvements de foule, faire de certaines personnes des idoles et de certaines autres des diables, influencer subtilement certains milieux religieux et scientifiques et ajuster pour les fins recherchées les règlements et les procédures.  N’est-ce pas cette réalité des influences qui a rendu possible la canonisation du fondateur de l’Opus Dei, personnage très contesté, alors que celle de Mgr Romero, pourtant martyr, est toujours en attente ? Il ne fait aucun doute que l’influence politique et idéologique a son mot à dire. Sinon comment expliquer qu’autant de prêtres et de chrétiens tués en Amérique Latine pour s’être identifiés à cette béatitude du Sermon sur la montagne « Bienheureux ceux et celles qui sont persécutés pour la justice…. » n’aient pas encore été donnés en exemple de foi aux chrétiens du Continent et du monde entier ? Au nombre des 800 et plus des personnes béatifiées et canonisées par le Pape Jean-Paul II, aucune, répondant particulièrement à cette béatitude, ne nous a été donnée en exemple de foi. Pourtant les candidats et les candidates ne manquent pas. Serait-il qu’une pareille reconnaissance poserait des problèmes politiques et ébranleraient certaines idéologies ?

 

Au moment où nous avons à redécouvrir JÉSUS DE NAZARETH et à lui redonner toute la place qui Lui revient dans l’Église et dans le monde, ne devrait-on pas nous concentrer particulièrement sur LUI ET SON MESSAGE. Tous les saints potentiels ne pourront que se réjouir de cette initiative, y compris Jean-Paul II lui-même, et feront avec joie leur deuil du culte qui pourrait leur être rendu. Le Jésus de Nazareth, ressuscité et témoin des béatitudes, ne doit-il pas occuper toute la place ? Personnellement je le pense.

 

Oscar Fortin

Publié dans RELIGION

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