UN PAPE POUR UNE ÉGLISE VIVANTE

Publié le par Oscar Fortin

L’Église,  telle que nous la connaissons aujourd’hui, met particulièrement en évidence les personnages qui y occupent des postes de direction : le Pape, les Cardinaux, les Évêques, les prêtres et bien évidemment quelques uns des témoins dont les engagements de vie sont tout à son honneur : ceux que nous appelons les bienheureux et les saints. Les baptisés figurent également sur la liste, mais beaucoup plus comme des disciples à l’écoute de leurs pasteurs. Ils sont perçus, plus souvent que moins, comme des consommateurs de la sacramentalité, des croyants en une doctrine et des pratiquants d’une morale de vie.

 

Le Christ et l’Esprit Saint sont évidemment présents dans cette Église, mais leur présence, à l’ombre des dirigeants, va de haut en bas, c’est à dire du Pape aux baptisés en passant par les Évêques et les prêtres. Leurs initiatives demeurent encadrées par la voie hiérarchique qui en assure l’orthodoxie. S’il y a des voix discordantes ou prophétiques qui se font entendre en dehors des voies officielles, elles seront rarement perçues comme inspirées par Jésus de Nazareth ou l’Esprit Saint. D’ailleurs nous vivons en un temps où il semble n’y avoir que très peu de prophètes. Plus de 40 ans après Vatican II, force est  donc de constater que l’Église,  communauté de tous les croyants en Jésus de Nazareth, n’est pas parvenue à s’imposer à une Institution encore fortement centralisée, plus préoccupée de doctrine et de morale que d’Évangile. Son appel à la conversion est plus souvent en fonction d’un retour à la pratique religieuse  et à l’Institution qu’à une remise en question de notre manière d’être dans le monde.

 

Au moment où on se prépare à élire le successeur de Pierre, il n’est pas superflu de remettre en évidence les principales caractéristiques de l’Église telle qu’elle a pris naissance dans les premières communautés chrétiennes.

 

« Il y a un seul Corps et un seul Esprit…À chacun…la grâce a été donné selon la mesure du don du Christ…Et c’est Lui qui a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement… C’est de lui que le Corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour. »  (Éphésiens. 4,4-16)

 

Il est donc évident que l’Esprit et le Christ sont au centre de l’Église et qu’Ils y occupent la toute première place. Ce sont eux qui distribuent les tâches et  les dons de manière  à ce que ce Corps croisse et se développe dans l’amour. Sans diminuer en rien la responsabilité des apôtres (Pape, évêques, prêtres), ces derniers n’ont pas le monopole de l’action de l’Esprit Saint qui agit au cœur de l’Église. Ainsi, personne, hors le Christ et son Esprit, n’a ce monopole de la pensée et de l’action de l’Église. Il y a là une autonomie de foi et de vie qui échappe à tout contrôle absolu de l’extérieur. C’est d’ailleurs dans cette autonomie de foi et de vie que se développent la conscience humaine et la responsabilité personnelle et communautaire.

 

Il y a donc une première conclusion à tirer de cette dynamique de l’action de Dieu dans l’Église : TOUS DOIVENT ÊTRE OUVERTS ET ATTENTIFS À CETTE ACTION QUI S’EXPRIME À LA FOIS PAR LES PASTEURS, PAR LES PROPHÈTES, PAR LES ÉVANGÉLISTES, LES ENSEIGNANTS, LES BAPTISÉS ET TOUTE PERSONNE DE BONNE VOLONTÉ. Il ne fait aucun doute que le prochain Pape devra être en mesure de témoigner de ces dons de Dieu qui se manifestent un peu partout dans le monde et d’être en mesure d’inviter  tous les croyants et les personnes de bonne volonté à être à leur écoute. La voix des anathèmes et des condamnations devrait normalement laisser plus de place au « mea culpa », non pas seulement pour les siècles passés mais aussi pour les temps présents.

 

Une deuxième conclusion s’impose d’elle-même : Toutes les questions de morale trouvent ultimement leur réponse dans la conscience responsable de chaque croyant. Chacun sait répondre au meilleur de sa connaissance et selon le don de Dieu aux défis que la vie lui apporte. Que ce soit des questions sur la vie, la mort, la contraception, le divorce et tout ce qui peut se présenter, chacun est ultimement seul à discerner sa propre réalité et ce qui répond le mieux au sens du bien dans tel ou tel cas. À ce sujet, Jésus a une parole sans équivoque : ne jugez pas et il ajoute pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté qu’il est venu pour les malades et non pour ceux qui sont en santé. En ce sens le prochain Pape devrait être en mesure de reporter au niveau de la conscience personnelle et de l’Esprit Saint présent dans le cœur des croyants la responsabilité des décisions à prendre sur les questions de l’Euthanasie, de l’avortement, du mariage des personnes du même sexe, de la contraception, finalement de tout ce qui interpelle le monde contemporain. Si elle donne des orientations sur le caractère absolu de certaines valeurs comme le bien, le mal, la vie, la mort, le vrai, le faux, elle en laisse la gestion à la conscience personnelle de chacun qui chemine dans la relativité des conditions d’existence. La présence de l’Esprit Saint dans leur vie, aussi réelle et efficace que celle présente dans le conclave, saura aider chacun à faire la part des choses et à défaut de s’y conformer selon les impératifs de leur conscience à en reconnaître les faiblesses.

La troisième et dernière conclusion qui se dégage porte sur une nécessaire décentralisation de l’Institution qui se doit d’être davantage préoccupée d’Évangile que de doctrine, de manière d’être que de morale, de solidarité et d’ouverture d’esprit que de discipline et de pratique religieuse. Nos églises de pierres pourront tomber, mais celles faites de chair ne feront que croître. Le prochain Pape devra croire pleinement au Ressuscité et en l’Esprit Saint, tous deux très présents dans le monde ainsi qu’à  leur action dans les Églises locales et dans le cœur de tous les chrétiens et de toutes les personnes de bonne volonté. Il saura ainsi leur laisser toute la place qui leur revient. Ainsi agissa Pierre avec Paul et toutes les initiatives qui surgissaient sous l’action de l’Esprit Saint dans les premières communautés chrétiennes.

 

 

Oscar Fortin

 

 

Publié dans RELIGION

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Donald Fortin 14/04/2005 23:19

Je souscris entièrement au commentaire d'Oscar, très pertinent vu le choix prochain d'un nouveau pape.
J'ajouterais que l'évènement extraordinaire que furent les funérailles de Jean-Paul II avec ses millions de personnes recueillies et en prière, démontrent que Jean-Paul II a laissé un message. Ce que les gens retiennent de lui, ce ne sont pas les 250 textes de morale ou de théologie qu'il a laissés.C'est plutôt celui qui a accueilli les gens avec tendresse et qui est allé au-devant d'eux pour leur rendre visite.Il était un homme de prière et de partage.Lors de ses nombreuses visites, il a transgressé plusieurs tabous et traditions, donnant préséance à l'humain. Bien sûr, il n'a pas été parfait et l'Amérique Latine a souffert de sa mauvaise compréhension de la situation, lui-même étant obnubilé par le mot socialisme ou communisme.
Il nous a cependant démontré par ses actes que la vrai Foi relève beaucoup plus du coeur que de la raison.La lecture de tous les traités théologiques au monde ne nous mettrons jamais en communication avec notre créateur. Ce n'est que par notre méditation et nos prières personnelles que nous pouvons approfondir notre conscience et tenter de nous y conformer selon notre compréhension du moment.Ecouter sa conscience véritablement, est beaucoup plus exigeant que bien des pratiques religieuses.C'est ce que l'Église, par ses dirigeants, doit nous enseigner.Je crois que le premier miracle de Jean-Paul II sera d'inspirer le choix d'un nouveau pape en fonction de cet espoir qu'Oscar et beaucoup de Catholiques nourrissent profondément.