DA VINCI CODE: LORSQUE LE SECRET DEVIENT SUSPECT

Publié le par Oscar Fortin

Dan Brown, auteur du roman  DA VINCI CODE, est sans doute le premier à se réjouir de la décision du Vatican d’en interdire la lecture. Déjà best-seller, cette sortie vaticane ne fera que lui attirer de nouveaux lecteurs. Une aubaine pour son auteur et son éditeur.

 

J’ai lu ce roman pas plus tard que la semaine dernière, donc juste avant que sa lecture m’en soit interdite. Il ne m’a pas particulièrement impressionné.  Si les secrets bien gardés qui entourent les finances du Vatican et l’existence même de l’Opus Dei, alimentent l’imaginaire de l’auteur et suscitent la curiosité du lecteur,  les intrigues par contre me sont apparues peu réalistes et d’inégales valeurs. L’ensemble de toute cette histoire se joue dans le cadre d’un calendrier de moins de 24 heures. Il y a le déplacement du supérieur de l’Opus Dei qui va de New York au Vatican puis à Londres. Les héros de cette histoire connaissent  des intrigues qui les confrontent à la fois à des poursuites policières, à des analyses d’indices sophistiqués, à des déplacements nocturnes les conduisant à divers endroits de la région parisienne pour finalement se terminer à Londres, le tout marqué par de nombreux incidents et des rencontres fortuites qui s’avèreront de grande utilité. Le génie de Da Vinci est particulièrement mis en évidence par les indices laissés dans certains de ses tableaux dont ceux de la dernière cène et de la Joconde. Ils révèlent, pour ceux qui savent les reconnaître, certains faits que le Concile de Constantinople n’a pas jugé bon de retenir, mais que les Templiers ont su transmettre. Tous les ingrédients y sont pour alimenter une intrigue vraisemblable révélant le visage caché d’une vie de Jésus marié à Marie Magdeleine avec une descendance arrivant jusqu’à nous. Voilà, bien brièvement résumé, un ouvrage qui compte plus de 500 pages.

 

Ce roman illustre merveilleusement bien le fait que le culte du secret est un terroir fertile pour la suspicion et l’imaginaire. Il m’apparaît évident que la mise à l’index de cet ouvrage ne résoudra d’aucune manière les problèmes soulevés. La seule façon de désamorcer les allusions et suspicions qui s’alimentent à même ce terroir serait plutôt d’ouvrir tout grands les livres et archives qui en rendent compte. Que d’ouvrages, qui ne sont pas des romans, ont questionné et continuent de questionner la gestion des sommes énormes qui ont transité et continuent de transiter par la banque du Vatican. Des pans entiers demeurent obscurs. Il en va de même avec l’Opus Dei qui est pour les uns une secte aux relations suspectes avec certains milieux conservateurs et qui contrôle à peu près tout ce qui se passe au Vatican. Pour d’autres, le caractère spirituel de l’organisme aux tendances traditionalistes ne servirait que de paravent à des interventions beaucoup plus engagées socialement et politiquement.

 

Le temps est sans doute venu pour le Vatican d’apparaître tel qu’il est, de reconnaître, s’il y a lieu, les erreurs commises, de démasquer, s’il y en a, les intrus qui s’y trouvent et de reprendre le chemin du service dans la confiance et l’humilité. À ce titre, un roman comme celui de Dan Brown devrait encourager historiens et chercheurs à scruter ces moments d’histoire et à les faire connaître. Ils auraient accès aux archives vaticanes de manière à pouvoir mener à terme leurs investigations. Une véritable transparence permettrait ainsi à tous de se faire une idée basée, cette fois, sur des informations vérifiées. Cette approche serait sûrement moins suspecte que l’interdit prononcé contre le roman. Je ne vois pas pourquoi le Vatican se soustrairait à cette vérification à laquelle gouvernements et  entreprises sont de plus en plus appelés à se soumettent. Ce serait un remède efficace de soustraire ainsi à l’imaginaire des romanciers des réalités devenues limpides et transparentes.

 

Oscar Fortin

Publié dans RELIGION

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Donald Fortin 18/03/2005 21:14

Excellent texte.

L’Église continue son rôle maternante, voulant faire de nous des disciples croyant à sa doctrine à sens unique, comme pour le petit catéchisme de notre enfance. Elle préfère interdire plutôt que d’expliquer sa compréhension de certains faits. Elle nous considère comme des enfants à qui il ne faut pas tout dire.

La manipulation est beaucoup plus facile lorsque qu’un groupe est homogène et pense la même chose. On préfère simplifier les explications par peur de répondre à des questions trop pointues.

Au niveau politique, on a crée une charte des droits qui protège les droits individuels par rapport aux droits collectifs. On a compris qu’une société ne pouvait être valable si les droits individuels étaient brimés. On ne peut construire une société juste que si on respecte d’abord les droits de chacun individuellement.

A plus forte raison, l’Église devrait respecter ce principe élémentaire. En matière spirituelle, tout passe par l’individu et sa conscience. Celle-ci est en perpétuelle évolution et doit être confrontée à toutes sortes d’expériences personnelles pour grandir. Notre Foi n’est pas statique et ne s’acquiert pas automatiquement par un processus de recettes programmées d’avance. L’Église doit être la première à avoir la Foi. Elle ne doit pas craindre perdre ses sujets parce qu’ils vont avoir accès à de l’information même si elle est fausse. Cette fausseté peut parfois mettre en évidence d’autres vérités.