L'ABSTENTION SUR UN MUR

Publié le par Oscar Fortin

Le Devoir jeudi 29 juillet 2004

Lettres : Québec, 24 juillet 2004

Les commentaires du nouveau ministre des Affaires étrangères canadiennes, M. Pierre Pettigrew, sur l'abstention du Canada lors du vote des États membres des Nations unies condamnant avec une forte majorité la construction du mur israélien ne sont pas sans soulever quelques questions.

Selon notre nouveau ministre, le Canada ne favorisait pas la voie d'un recours à la Cour internationale de justice et un vote appuyant la décision de cette même cour n'aiderait pas les négociations de paix.

Est-ce à dire que la position du Canada ne consiste qu'à prendre en considération les organisations internationales seulement lorsqu'elles viennent renforcer nos orientations et nos intérêts politiques et économiques ? Sur le site Web du ministère, le rôle reconnu des Affaires étrangères va plutôt dans le sens d'une reconnaissance qui va au-delà de nos intérêts immédiats.

«Le Canada fait la promotion de valeurs partagées avec d'autres pays du monde, par exemple l'égalité et la démocratie, dans le cadre de ses activités au sein de nombreuses organisations internationales, dont l'Organisation des Nations unies, le Commonwealth et la Francophonie.»

Lorsque la Cour internationale de justice condamne l'initiative d'un État et que près de 150 membres des Nations unies l'appuient, il y a là des valeurs partagées d'égalité et de démocratie auxquelles le Canada se devait de souscrire. Il me semble qu'il aurait pu voter en faveur de la résolution sans se défiler et avoir un commentaire semblable à celui de la nouvelle responsable du Haut Commissariat : «On doit espérer que le gouvernement d'Israël songera à assurer sa sécurité -- ce qui, je le concède, constitue une préoccupation des plus pressantes -- par des moyens autres que celui-là», a dit Mme Arbour, qui a quitté son poste de juge à la Cour suprême du Canada afin d'accepter ses nouvelles responsabilités à l'ONU, le 1er juillet (Le Devoir, le 23 juillet 2004)

N'aurait-il pas été plus représentatif des Canadiens et des politiques officielles d'appuyer la décision de la Cour internationale de justice et de rappeler que la construction de ce mur ne favorise en rien la solution négociée de la paix ? Elle vient plutôt alimenter les foyers de conflits dont veut justement s'éloigner le ministre.

Oscar Fortin

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