Jeudi 24 février 2005

 

L’ex Président tchèque, Vaclav Havel, lors de l’inauguration d’une conférence internationale portant sur la démocratie à Cuba, a qualifié ce dernier d’énorme prison. Cette remarque de la part d’un fervent défenseur de l’intervention américaine en Irak m’a conduit à quelques réflexions sur les multiples prisons qui affectent les libertés les plus fondamentales ainsi que la capacité de les exprimer sous toutes leurs formes. Un regard serein sur la situation du monde nous conduit inévitablement à ces multiples brisures qui font que les uns ont de plus en plus de liberté pour s’exprimer, voyager, s’éduquer, se faire soigner, influencer les pouvoirs politiques, économiques, culturels, religieux alors que d’autres en sont de plus en plus exclus.

Regardons un instants certaines contraintes aux libertés fondamentales que sont le manque d’alimentation, de soins de santé, d’accès à l’éducation, au logement décent, au travail valorisant. La majorité des populations, non seulement des pays de l’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, mais aussi, dans une moindre mesure, des pays dits développés comme les nôtres, en sont victimes. Cette situation nous fait prendre conscience que toutes ces personnes sont prisonnières de la misère, de l’analphabétisme, de la sous-alimentation et qu’elles sont exclues, dans les faits, des bienfaits des sociétés de consommation. En Haïti, en République Dominicaine et dans la plupart des pays de l’Amérique centrale, la grande majorité des personnes ne pourront jamais prendre l’avion pour aller se balader dans les supermarchés ou sur les îles enchanteresses de nos destinations touristiques. Il n’est pas nécessaire d’être poète ou grand politicien pour faire ce constat des milles et une misères qui retiennent des populations entières prisonnières d’un destin non choisi mais souvent voulu et entretenu par d’autres qui en tirent leur « liberté ».

Pour revenir à l’immense prison qu’est Cuba, selon l’expression de Vaclav Havel, il n’est pas négligeable de rappeler que de toutes les prisons sociales de l’Amérique latine, elle est encore celle qui accorde à la personne humaine de tous les milieux sociaux le plus grand respect. Nous n’avons qu’à penser au taux de mortalité infantile qui est le plus bas des pays de l’Amérique, aux soins de santé accessibles à tous, à l’analphabétisme qui a été ramené à presque rien, à l’accès aux études supérieures ouvert à tous ceux et celles qui en ont les capacités. Déjà nous connaissons la réputation de Cuba pour sa médecine et son ouverture à la formation de milliers de médecins non seulement cubains mais également venant de nombreux autres pays dont des Etats-Unis. S’ajoutent à cette mobilisation ces milliers de médecins et professeurs qui travaillent comme coopérants auprès de populations prisonnières de l’analphabétisme, de maladies et d’exclusion.

Cuba a opté pour la prison de la solidarité pour vaincre les prisons de l’exclusion. Cette solidarité a ses contraintes d’autant plus nécessaires que les maîtres de l’empire craignent l’ouverture des portes des autres prisons où sont enfermés des millions de personnes humaines qui souhaitent s’en sortir. Tous veulent sortir de prison, certains de celles de la misère, d’autres de celles de la solidarité. Nous sommes tous prisonniers d’un destin qui devra un jour ou l’autre, sans aucune exception, prendre en compte tous les humains de la terre. « Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient et des oreilles pour entendre, entendent. »

Oscar Fortin

Par Oscar Fortin - Publié dans : POLITIQUE
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Jeudi 24 février 2005

 

Bien des maux existent. Ils sont tous porteurs d'une brisure, d'une souffrance. Pour certains, ce sera la maladie, pour d'autres, des conditions matérielles de vie intenables, pour certains autres, ce sera un travail perdu ou inaccessible, une famille brisée, un couple démantelé, une dépendance incontrôlable...Si tous ces maux affectent profondément la vie, blessent à divers degrés l'être humain dans sa personne et sa dignité, ils ne tuent pas l'humain.

Le mal qui tue l'humain n'est pas toujours celui que l'on retrouve dans la pauvreté qui sillonne les rues de nos grandes villes, qui se cache derrière les portes closes de demeures anonymes, qui se manifeste dans les larmes de l'enfant affamé, qui se révèle dans la situation du père et de la mère mis à pied ou dans celle de la personne âgée abandonnée. Tout en étant des tragédies, ces maux peuvent souvent se transformer en sources de vie, en gestes de solidarité, en forces de courage et de lutte, en prises de conscience de valeurs qui élèvent et humanisent. Ils peuvent donner naissance à de nouvelles relations humaines fondées sur le respect et l'estime, sur la simplicité et la vérité, sur la gratuité et le partage. Ce sont des maux qui rappellent les limites de notre itinérance et forcent au dépassement dans la recherche d'une plus grande vérité et justice. Ils sont souvent un passage incontournable qui humanise et fait grandir.

Le mal qui tue l'humain est, pour sa part, beaucoup plus discret, mais combien plus dévastateur. Il prend souvent la forme de la vertu, de l'intelligence, de la beauté, de la bonté, de la générosité. À la manière d'un caméléon il se fond dans les couleurs de son environnement. Comme un parfum, il se répand sur toute la personne, mais comme un cancer il détruit tout. Ce mal porte plusieurs noms: la suffisance des arrivistes, la servilité des misérables, l'hypocrisie et le mensonge des opportunistes, le calcul intéressé des ambitieux. Il vit de la manipulation et de la tricherie. Ce mal pous­se à écraser pour mieux s'élever, à dominer pour mieux régner, à charmer pour mieux posséder. C'est le mal de l'âme. Il sape à sa base toute possibilité de relations humaines vraies et par le fait même toute possibilité de véritables communautés de vie.

Ce mal qui tue l'humain est latent en chaque être humain, en chaque personne. Il est là derrière chaque masque que nous portons, chaque rôle que nous nous donnons. Personne n'en est exempt. Tous, nous pouvons en être atteints et, à moins d'une bonne dose d'humilité et d'une grande liberté intérieure, ce mal s'installera aux commandes de nos vies. Il s'im­posera et tuera lentement mais sûrement toute possibilité de relations humaines fondées sur l'estime, le respect, la vérité. Il tuera l'humain et avec lui l'amour qui lui donne son sens.

Croyants ou pas, l'histoire de ce Jésus crucifié pour avoir démasqué les mille et une facettes de l'hypocrisie et de la supercherie n'est pas sans nous inviter à prendre conscience de ce mal qui tue en nous et chez les autres ce qu'il y a d'humain. Cette seule prise de conscience sera déjà le commencement d'une vie nouvelle. L'humain y retrouvera son sens.


Oscar Fortin

Par Oscar Fortin - Publié dans : POLITIQUE
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