Dimanche 4 janvier 2009

Il y a plus de 50 ans, « Papa Doc Duvalier » régnait sur Haïti comme Batista sur Cuba. Deux îles voisines dont les peuples vivaient la dépendance, la pauvreté, l’analphabétisme, les maladies qui frappaient, souvent mortellement, ceux et celles qui en étaient atteints. Ils étaient tous les deux dans les bonnes grâces du puissant voisin du nord, les États-Unis. « Papa Doc » était leur homme tout comme Batista. Cette grande démocratie ne se faisait pas de scrupule avec ces dictateurs, pas plus d’ailleurs qu’avec la corruption et la répression qui caractérisaient leurs administrations. Les missionnaires apportaient les dons de Dieu et une aide humanitaire, donnant ainsi bonne conscience, alors que leurs peuples livraient, à la sueur de leur front et pour une bouchée de pain,  les richesses de leurs terres. Les pays développés auxquels nous appartenons faisaient appels à la générosité pour l’aide humanitaire et se gardaient bien de dénoncer les prédateurs qui se nourrissaient de cette pauvreté.

 

Le premier janvier 1959, des jeunes, avec à leur tête un certain Fidel, révoltés devant autant d’injustice et de misère, soutenus par tout un peuple, renversent, après une lutte qui aura duré plus de 6 ans, le régime corrompu de Batista. Ça se passait à Cuba (11.4 millions h). Ces jeunes n’étaient pas à la recherche d’une fortune personnelle, d’un pouvoir de domination. Ils étaient dominés par la pensée que la justice est un droit fondamental pour tous et toutes, que le respect et l’indépendance ne sont pas réservés qu’aux privilégiés et aux puissants, que les biens de la terre doivent prioritairement servir les besoins les plus essentiels des personnes : l’alimentation, l’éducation, la santé, l’habitation, un travail décent.  Plusieurs y auront laissé leur vie alors que d’autres l’auront quotidiennement risquée. Cet idéal était devenu celui de tout un peuple.

 

Les premiers mots de Fidel, à son arrivée à la Havane en ce 6 janvier 1959, ont été pour reconnaître le courage et le civisme du peuple cubain qui a rendu possible cette grande victoire.

 

« Notre bataillon le plus solide, notre meilleure troupe, l’unique troupe qui est capable de gagner seule la guerre, cette troupe c’est le peuple. Un général ne peut rien contre un peuple, une armée ne peut rien contre un peuple. Parce que le peuple est invincible et c’est le peuple qui gagna cette guerre.

 

Le peuple, le peuple gagna la guerre, cette guerre que personne d’autre que le peuple ne pouvait gagner. Je le dis et le redis au cas où quelqu’un penserait que c’est lui qui la gagna ou qu’une troupe penserait que c’est elle qui la gagna. C’est d’abord et avant tout le peuple qui est vainqueur de cette guerre.

 

Je suis orgueilleux de la discipline du peuple et de l’esprit du peuple, parce que s’il a fait quelque chose de vraiment excellent c’est de démontrer sa dignité et son civisme. Ça vaut la peine de se sacrifier pour un tel peuple. Jamais nous ne trahirons notre peuple. »

 

C’est ce même leader, 50 ans plus tard, qui, de son lieu de convalescence où l’a confiné la maladie, prend de nouveau la plume pour reconnaître une fois de plus le courage et la force d’un peuple qui a rendu possible le parcours des 50 années de révolution parsemées d’innombrables embuches. Celui qui a repris à son compte cette parole de Marti « que toute la gloire du monde peut être contenue dans un grain de sénevé » s’est fait discret pour laisser toute la place à ce peuple avec qui il a lié son destin.

 

Les ennemis d’un tel changement n’ont rien ménagé pour faire de cette révolution la démonstration d’un échec démobilisateur pour tous les autres peuples. Il y a eu ces centaines de tentatives d’assassinat de Fidel, l’invasion criminelle de la Baie des cochons, le blocus économique  rendant son développement encore plus difficile, les mille et une difficultés mises en place pour rendre l’émigration des cubains et cubaines plus sécuritaires, les centaines de millions de dollars pour transformer en criminels ces héros d’une révolution qui ont fait basculer tout un peuple de la dépendance à l’indépendance, de l’analphabétisme à l’éducation pour tous et toutes, de l’individualisme à la solidarité. Cinq de ces héros sont toujours détenus injustement dans les prisons étasuniennes. En dépit de la désinformation dont les médias de l’empire a le secret, le monde sait les conquêtes réalisées par ce peuple dans les secteurs de la santé, ceux de l’éducation, ses contributions dans ces mêmes secteurs dans les nombreux pays de l’Amérique latine et des caraïbes. Son organisation sociale lui permet d’affronter, sans perte de vie, les ouragans qui sèment la mort et la destruction dans les pays voisins, y compris aux États-Unis. Il a développé un sens de la solidarité qui revêt les mêmes impératifs que les impôts que nous payons dans nos pays, à l’exception près que tous et toutes y participent avec ce sens de la responsabilité partagée et celui du Bien commun. Il n’y a pas d’exception.

 

Cet exemple du peuple cubain et de certains de ses leaders charismatiques comme Che Guevara, Fidel Castro ont inspiré de nombreux autres peuples et trouvé auprès de grands intellectuels et Prix Nobel de la paix encouragements et supports. Aujourd’hui, la Bolivie (9.3 millions h.) avec Évo Morales, le Venezuela (26.4 millions h.) avec Hugo Chavez, l’Équateur (13.5 millions) avec Rafael Correa, le Brésil (178 millions h.) avec Lula, le Nicaragua (5.7 millions h.) avec Daniel Ortega, tous élus démocratiquement avec de fortes majorités, trouvent conseil auprès de Fidel et inspiration auprès du peuple cubain. Rigoberta Menchu Tum (1992) ainsi que Adolfo Pérez Esquivel 1980), tous deux prix Nobel de la Paix, apportent leur soutien indéfectible à la révolution cubaine et à celle des autres peuples qui s’en inspirent. Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature (1982) est toujours un ami très proche de Fidel tout comme le poète et écrivain Ernesto Cardenal qui y a trouvé son inspiration socialiste.

 

Pendant ce temps, le peuple de « Papa Doc », Haïti (9.8 millions h.), toujours sous bonne garde de l’Empire, continue dans la pauvreté, la dépendance, la misère, l’analphabétisme et l’absence d’infrastructures et de services de santé pour tous et toutes. Les organismes humanitaires continuent à être sollicités pour répondre aux urgences toujours aussi présentes. Il y a les ouragans annuels qui viennent y semer la mort par centaines et des dégâts matériels qui les laissent souvent dans la boue. Le Président qu’il s’était donné en la personne de Jean Bertrand Aristide a vite été discrédité et mis à la porte par ceux-là même qui ne voulaient pas, dans cette région du monde, d’un autre peuple indépendant, maître de son destin et de ses richesses.

 

Pendant que la crise économique et financière mondiale met à l’épreuve le système « sacré » du capitalisme, les maisons d’édition n’arrivent plus à répondre à la demande des ouvrages de Karl Marx dont les analyses prédisent, depuis plus de 100 ans, son effondrement. L’individualisme et l’égoïsme qui prennent racines profondes dans tout homme doivent être contenus par des interventions d’États responsables du bien commun et disposant des pouvoirs pour en limiter les effets pervers. En bout de ligne, ce sera toujours la présence de peuples vigilants et mobilisés qui assurera l’intégrité des acteurs à chacun de leurs niveaux.

 

Ceux et celles qui ont chanté la fin du socialisme peuvent retourner faire leur devoir. Ce qui se passe dans plusieurs pays de l’Amérique latine se répandra dans plusieurs autres régions du monde non pas comme un cancer mais comme l’alternative au capitalisme qui ne peut-être que le reflet de l’individualisme et de l’égoïsme de ceux et celles qui s’en nourrissent. L’ère de la solidarité humaine devient le passage incontournable pour tous ceux et celles qui voudront accéder à un monde nouveau.

 

Toute mon admiration au peuple cubain et à ses leaders qui on su avancer avec lui sur les voies étroites des obstacles et des défis à relever.

 

Oscar Fortin, théologien et politologue

Québec, le 3 janvier 2009

 

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Par oscar fortin - Publié dans : SOCIÉTÉ
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Mardi 23 décembre 2008

 À qui ou à quoi peut donc ressembler Dieu? Où est-il et que fait-il dans ce monde de guerres, de tromperies, de déséquilibres, de famines et de crises de toute nature ? Une question pas facile à répondre, d’autant moins qu’Il est, par nature, ce qu’il y a de plus invisible et, par l’imaginaire humain, ce qu’il y a de plus élevé et d’insaisissable.

Beaucoup d’artistes ont imaginé le portrait de Dieu qu’ils ont reproduit sur des toiles que l’on retrouve dans les musées, les basiliques, les cathédrales et les églises du monde. C’est que nous avons besoin de voir, de sentir, d’entendre et, si possible, de toucher. Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens, parlant de Jésus, a cette déclaration : « il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature » Col. 1,15. Voilà donc que ce qui était invisible devient visible et que le Dieu inaccessible devient l’un de nous.

Qui est-il donc ce Jésus, image du Dieu invisible? Même si deux mille ans d’histoire nous en séparent, peut-on, à la lumière de ce que nous en racontent les Évangiles, nous en faire une idée? Étant un des nôtres, ne s’est-il pas laissé voir, entendre, toucher, sentir dans son être, dans ses joies et ses souffrances? Les Évangiles ne nous permettent-ils pas de voir ce visage humain de Dieu, d’en saisir les pensées, les émotions, les solidarités et d’en découvrir les traits fondamentaux de sa personnalité?

LA NAISSANCE DE L’HOMME-DIEU EN LA PERSONNE DE JÉSUS DE NAZARETH

Déjà, les prophètes avaient donné des indices de cette naissance en le nommant Emmanuel, Dieu avec nous. Marie, sa mère, en présence de sa cousine Élisabeth, eût cette exclamation que nous reprenons encore aujourd’hui dans le chant du MAGNIFICAT, exclamation qui donne un aperçu de l’espérance qu’il représente déjà pour l’humanité, surtout celle qui n’a pas accès aux banquets des grands et des puissants. Jean-Baptiste, son précurseur, le présente comme Celui qui « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu de la purification ». Isaïe, pour sa part, voyant le sort qu’on lui réservera, en donne un portrait passablement éloigné du « beau grand jeune homme aux yeux bleus ». « Comme un surgeon, il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ». (Is. 53) C’est ce même personnage, ce Jésus, que l’Esprit confirmera comme fils de Dieu, lors du baptême reçu de Jean : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » (Mt. 3,17)

C e Jésus, présenté avec la force de Dieu, entre dans l’histoire de l’humanité par la porte qui n’a rien de la richesse, de la puissance et du prestige des rois. Toutefois, sa naissance, bien que discrète, attire d’Orient les rois mages et soulève les inquiétudes du roi Hérode qui y soupçonne la main de Dieu et l’effritement de son pouvoir. Ce sera donc pour échapper au bras meurtrier de ce dernier, que lui et ses parents entreront dans la clandestinité et s’exileront, pendant quelques temps, en Égypte. À douze ans, il se permet une escapade au Temple où il impressionne les prêtres par sa connaissance de la loi de Moïse et des enseignements des prophètes. Tout le reste, jusqu’à son baptême dans le Jourdain, est sans histoire. Il vit son adolescence et acquiert la maturité d’un jeune homme sans attirer l’attention. Ses comportements sont ceux de tous les jeunes de son âge.

JÉSUS DE NAZARETH AU SECOUR DE L’HUMANITÉ

Le Dieu de notre foi s’appelle Jésus de Nazareth. Si son entrée dans le monde s’est faite discrètement, son entrée dans le combat du monde s’est réalisée par le baptême de Jean et un séjour au désert qui sera déterminant pour la suite des choses. C’est là qu’il affronta les trois grandes puissances qui retiennent prisonnière l’humanité dans ce qu’elle est devenue : l’avoir pour se gaver, le pouvoir pour dominer, le paraître pour impressionner. Nous connaissons les réponses qu’il a apportées à chacune d’elles et la distance qu’il a prise par rapport à celui qui s’en faisait le promoteur. Dans le scénario des trois tentations Jésus se révèle être profondément lié à son Père et, de ce point de vue, il témoigne d’une incorruptibilité totale. Il nous dit que l’humanité à laquelle il nous convie prend racine non pas dans l’avoir, mais dans l’être, non pas dans la domination, mais dans le service de la justice et du bien commun, non pas dans le paraître et le prestige des apparats, mais dans la vérité et la simplicité. Voilà, tracée dans ses points les plus fondamentaux, la voie par laquelle Dieu se laissera découvrir et rendra possible l’avènement d’une humanité qu’Il veut toujours à son image.

De retour du désert, Jésus prit donc le bâton du pèlerin pour annoncer la bonne nouvelle à toute personne de bonne volonté. Au temple, où il se rend le jour du sabbat, on lui demande de faire la lecture d’un passage du prophète Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. » (…) « Aujourd'hui, ajouta-t-il, s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture. » (Lc. 4, 18-21) Ses trois années de prédication, de témoignages et de vie partagée avec ceux et celles qui l’accompagnent nous le révèlent profondément solidaire de tous ceux et de toutes celles qui souffrent de ces déséquilibres engendrés par ces trois grandes puissances qui s’arrogent tous les pouvoirs. Il guérit les malades, donne la vue aux aveugles, fait marcher les paralytiques, console les affligés, nourrit les affamés, pardonne aux pécheurs. S’il s’entoure de disciples, il s’attache également des femmes qui l’accompagneront jusqu’au pied de la croix. À Cana, il participera à la fête et au Golgotha, il prendra sur lui la souffrance de l’humanité rejetée. Il est bien présent au cœur de cette humanité qui ne peut demeurer indéfiniment entre les mains de ceux et celles qui se l’accaparent pour eux-mêmes. Il est là pour briser les chaînes de l’esclavage, du mépris et de la dépendance.

Ce Dieu, qui se révèle en Jésus, a en horreur les personnes de mauvaise foi, celles qui ne s’intéressent pas à la vérité, mais à leur vérité et pour lesquelles toutes les manipulations sont bonnes. Leurs armes sont le mensonge déguisé en vérité, la tricherie en héroïcité, les biens mal acquis en aumônes, leurs intérêts en bien commun du peuple. Jésus de Nazareth nous ouvre les yeux sur ce monde qui ne peut d’aucune manière se confondre avec celui qu’il vient réaliser et dont il fait de nous tous les témoins par son Esprit.

Qui est Dieu et où est-il ? Il s’appelle Jésus de Nazareth et il est toujours avec ceux et celles qui luttent pour la justice, la vérité, le respect, la solidarité, le pardon, le don de soi. Le Jésus de la Croix et celui de la résurrection sont la même personne. Le premier exprime dans sa chair le refus par cette partie d’humanité, avare de ses privilèges, de se convertir à une humanité faite pour l’amour, la justice et la paix. Le second est la consécration de sa victoire sur les puissances qui lui auront résisté jusqu’à la fin. Jésus ressuscité est le premier né de cette humanité retrouvée à laquelle nous sommes tous et toutes conviés.

Joyeux Noël à tous et sachons que Jésus est bien là, poursuivant avec nous tous son œuvre d’une humanité qui soit à l’image de Dieu.

Oscar Fortin

24 décembre 2008

Par oscar fortin - Publié dans : RELIGION
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