Dimanche 8 mars 2009

 

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le dieu qui « existe » tout comme celui qui « n’existe probablement pas » interpellent hommes et femmes de toute provenance et de tous les milieux. Paul de Tarse, au tout début de l’ère chrétienne, parcourant les rues d’Athènes, vit de nombreux monuments sacrés dont l’un dédié au « dieu inconnu ».

 

« Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. Quand je parcours vos rues mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : « Au dieu inconnu ». (Act.  17,22-23)

 

Aujourd’hui, ce sont les églises et les messages laissés par chacune d’elles dans le sillage de leur foi, qui témoignent de cette religiosité. Certaines ont leurs émissions de télévision et de radio, d’autres leurs missionnaires aux coins des rues distribuant leurs dépliants. Chacune présente son dieu et ses prophètes qui en témoignent. À les entendre, leurs recettes de vie doivent apporter à toutes et tous,  « bonheur » et « paix ».

 

À Montréal, une nouvelle religion vient de naître. Elle s’annonce actuellement sur les autobus sillonnant les rues de la Métropole. Elle informe le « monde » que « dieu n’existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie ». Ses prophètes ne nous disent toutefois pas d’où leur vient cette « révélation » que dieu « n’existe probablement pas » et que le chemin du bonheur et de la paix est de profiter de la vie en ne se préoccupant de rien d’autre.

 

Je ne sais l’effet qu’aura ce nouveau message sur les clochards, les handicapés, les malades, les personnes âgées, les chômeurs, les amours brisés, les travailleurs et travailleuses dans les hôpitaux, dans les services publics et sur tous les autres qui arrivent à peine à boucler leur budget. Si tous ces gens  arrivaient, par miracle, à se libérer de leurs inquiétudes, les psychologues, les psychiatres, les psychanalystes trouveraient alors le temps long. Par contre, quant à profiter pleinement de la vie, je vois mal l’handicapé se mettre à danser dans la rue et le clochard à monter à bord d’un 747 pour aller dans les îles exotiques des Antilles. D’ailleurs ceux et celles qui on les moyens de le faire n’y trouvent pas toujours le bonheur escompté. Serait-ce que le bonheur promis ne peut être accessible qu’aux gens riches, en santé, et sans problème?

 

Pour que le message soit vraiment sans équivoque et rationnellement cohérent, je recommande à ses auteurs de le formuler ainsi : « Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez probablement de vous inquiéter et profitez probablement de la vie ».

 

Le message de Paul de Tarse, quant à lui, serait sans doute le même aujourd’hui que celui transmis aux athéniens : « Jésus de Nazareth,  ressuscité d’entre les morts, est l’homme choisi par Dieu pour juger le monde avec justice ».  C’est ce même Jésus qui disait à ceux qui ne croyaient pas en lui, « croyez à tout le moins dans les œuvres que je fais » (Jn.14, 11). Que les dieux se mettent donc à l’épreuve dans les œuvres de justice, de vérité, de vie et de paix.

 

Oscar Fortin

 

Québec, le 8 mars 2009

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Vendredi 6 mars 2009

Je ne suis pas le premier à m’interroger sur cette réalité qu’est la « réconciliation ». La seule évocation du mot fait aussitôt surgir tous ces différents qui rendent les relations humaines non seulement difficiles, mais souvent vides et sans vie. Inutile de chercher le coupable puisque déjà la « raison », cette fidèle alliée qui sait toujours trouver la bonne explication, a procédé au jugement sans appel : l’autre, cet autre qui ne pense qu’à lui, qui trouve les astuces les plus diaboliques pour tricher ou tromper, qui n’a de cesse de noircir la réputation de sa victime, voilà le vrai coupable. Il est égoïste, fin manipulateur et habile joueur. Tout en lui n’est que calcul.


Je pense que nous avons tous assez de vécu pour avoir expérimenté ce type de cheminement, mais aussi assez de maturité pour en avoir fait une certaine autocritique. Parfois, pour un rien, des relations sont coupées entre des personnes que le destin avait pourtant voulues très proches. Parfois aussi, les choses sont beaucoup plus sérieuses, les blessures beaucoup plus profondes, les responsabilités beaucoup plus démarquées. Dans ce dernier cas, il n’est pas facile de faire renaître des relations porteuses de vérité, de vie et de grande amitié. La « raison », cette avocate que nous portons tous en chacun de nous, ne manquera pas d’arguments pour que les positions se durcissent et les exigences unilatérales de « mea culpa » deviennent une condition à tout pardon. Même dans ce dernier cas, il n’est pas évident que le pardon conduise nécessairement aux grandes retrouvailles escomptées.


À ce vécu que nous portons tous et toutes à des degrés divers s’ajoutent les con naissances que nous apporte la science de la psychologie, de la psychanalyse et de la psychiatrie. Ainsi, nous découvrons que la volonté des personnes doit parfois composer avec les interférences chimiques qui affectent directement le cerveau, rendant ainsi le niveau de responsabilité sur certains comportements beaucoup plus complexes. Que dire maintenant de tous ces conditionnements héréditaires qui échappent à la conscience tout en conditionnant les attitudes et comportements des personnes qui peuvent à leur tour blesser. Enfin, qui n’a pas expérimenté l’emprise qu’ont les préjugés, les « qu’en dira-t-on », les ressentiments, les suppositions qui déforment les perceptions et la juste appréciation des autres ? À tout cela, il faut évidemment ajouter l’image que nous nous faisons de notre « moi », ce moi dont les qualités le placent quelque peu au dessus des autres.  En bout de ligne, une fois l’inventaire fait de tous ces conditionnements, la bonne volonté des personnes est rarement mise en cause dans tous ces différents qui rendent bien des relations humaines impossibles à vivre.


À y regarder de près, personne n’échappe à cette situation du conflit. Chacun et chacune seront  tantôt les grands coupables, à l’origine de tous les malheurs des autres, un autre tantôt, ils seront les victimes de l’acharnement des autres. Nous sommes tous et toutes enfermés dans une bulle où nous devons partager d’être à la fois des coupables et des victimes. Je ne sais pas si c’est ce à quoi pensait l’apôtre Paul lorsqu’il écrivait aux romains: « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » Rm 11,32.  Nous pourrions tout aussi bien remplacer le mot « désobéissance », dont parle l’apôtre Paul, par celui d’ « incompréhension » qui rend si difficile les relations humaines. Les anciens diraient, sans doute, que c’est une sorte de péché originel que personne n’a vraiment commis, mais que tous assument et doivent vivre d’une façon ou d’une autre.


Comment alors s’en sortir?


Déjà nous savons que confier pareil mandat à notre petite « avocate » qu’est la raison ne ferait qu’accentuer les divisions et les incompréhensions. Par contre, le confier au cœur seul, porté par des sentiments momentanés de générosité et de compassion, risquerait de n’être qu’un feu de paille, laissant bien en place tous les ressentiments, mis en veilleuse le temps d’une rencontre chaleureuse.


Je pense que la véritable porte de sortie de cette bulle d’incompréhension se trouve d’abord et avant tout du côté d’une véritable réconciliation avec soi-même, non pas avec l’image qu’on se fait de soi-même, mais avec le « moi » qui émerge de la conscience et ne craint plus le regard de l’autre du simple fait qu’il accepte dorénavant de se voir lui-même comme il est. Si nous parvenions à nous pardonner à  nous-mêmes toutes les blessures que nous avons causées à d’autres, nous retrouverions le chemin qui permet de pardonner également à tous les autres les blessures qu’ils nous ont faites. Dans notre propre pardon surgit le pardon pour les autres. N’est-ce pas là l’expression par excellence de ce commandement « aime les autres comme tu t’aimes toi-même ». Il s’agit d’une réconciliation inconditionnelle et libératrice qui naît de l’intérieur. Une réconciliation qui change notre attitude dans les relations avec les autres. Une manière nouvelle d’être.


Vue sous cet angle, la réconciliation n’est plus conditionnelle à l’attitude de l’autre, mais à sa propre attitude à son endroit et à l’endroit de l’autre. Les croyants chrétiens diront que c’est ainsi que le Christ s’est réconciliée l’humanité, en se réconciliant lui-même avec cette humanité blessée qu’il a entièrement assumée. N’a-t-il pas pris sur lui toutes nos misères pour en faire des semences de vie? « Car Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » Jean, 3,17.


Pensée du jour

 : « La vérité nous sera d’autant plus attachante que le guide nous y conduisant sera l’humilité. »


Oscar Fortin

Québec, 6 mars 2009

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