Vendredi 20 mars 2009

 

Si je n’étais croyant catholique, je ne m’arrêterais pas à ce personnage, adulé par certains, fort critiqué par d’autres et ignoré par un nombre toujours plus grandissant. C’est toutefois en tant que membre de ce Corps qu’est l’Église que je me sens concerné par les gestes et engagements de celui qui en est le « pasteur » désigné par ses « pairs cardinaux ». La foi que je porte ne me vient ni de lui ou de quelqu’un d’autre de la hiérarchie catholique. Elle me vient du Christ lui-même, comme un don personnel qui m’est fait quotidiennement. C’est au nom de cette foi en Jésus de Nazareth et de ses Évangiles que je me permets de commenter l’actuel voyage de Benoît XVI en Afrique et particulièrement son passage au Cameroun.

 

Au début des années 1990, j’ai fait un séjour de quelques jours à Douala, ville portuaire importante du Cameroun. C’était mon premier contact avec le Continent africain. Invité par les autorités gouvernementales et patronales à participer à un colloque sur la main d’œuvre et l’emploi, mon séjour s’est déroulé en présence des dignitaires de ces deux instances. Alors que le Président du Patronat nous recevait à son bureau où trois Mercédès de grand luxe étaient à sa disposition,  les rues de Douala nous renvoyaient l’image d’une grande pauvreté et d’une importante désorganisation sociale. De quoi donner la déprime à quelqu’un pourtant déjà habitué aux bidonvilles de l’Amérique latine. De la bouche de ces hauts responsables je sus que pour célébrer l’indépendance du pays, au début des années 1960, on avait fait venir deux avions cargos de France remplis de caisses de champagne. Je sus également qu’il était normal que des ministres se rendent régulièrement en Suisse pour y procéder à des dépôts d’argent leur assurant un avenir doré. Tous les édifices visités lors de ce bref séjour étaient, pour ainsi dire, tapissés de la photo du Président de la République que l’on retrouvait dans chaque pièce, un peu comme un icône de Dieu le père.  
 

Répression violente de la dissidence au Cameroun

 

 

29 janvier 2009

 

D'après un nouveau rapport d'Amnesty International, les homicides et la torture sont des armes que le gouvernement camerounais utilise régulièrement afin d'étouffer la dissidence politique. Pendant une période d'une dizaine d'années marquée par des violations flagrantes des droits humains, les forces de sécurité camerounaises ont fréquemment eu recours à une force excessive et injustifiée ; les auteurs de ces agissements bénéficient presque toujours de l'impunité. 
 

« L'opposition politique n'est pas tolérée au Cameroun, a expliqué Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme Afrique d'Amnesty International. Toute dissidence est étouffée soit par la violence, soit par le détournement de la justice pour réduire les personnes qui émettent des critiques au silence. » 
 

À la fin du mois de février 2008, les forces de sécurité ont tué pas moins de 100 civils au cours de manifestations contre l'augmentation du coût de la vie. Amnesty International a vu des photographies et reçu des témoignages suggérant que certaines des victimes ont été tuées à bout portant, alors qu'aucun effort n'avait été fait pour privilégier une arrestation. 
 

« Les procès iniques, les manœuvres d'intimidation et de harcèlement, allant notamment jusqu'aux menaces de mort, sont systématiquement utilisés par les autorités pour réprimer les critiques formulées par la classe politique, les défenseurs des droits humains et les journalistes, a ajouté Tawanda Hondora. La loi du silence imposée aux médias est particulièrement préoccupante. Si un journaliste est considéré comme trop critique à l'égard du gouvernement, il est réduit au silence – et les stations de radio et chaînes de télévision se voient contraintes de cesser leurs activités. » 
 

Le journaliste Michel Mombio a été arrêté en septembre 2008 et a passé dix jours en garde à vue. Il a ensuite été transféré à la prison centrale de la capitale, Yaoundé, et inculpé d'escroquerie et de chantage. Il était toujours détenu en janvier 2009, sans avoir été jugé.

Des journalistes couvrant les manifestations de rue de février 2008 ont été agressés par des membres des forces de sécurité. Parmi les victimes figuraient un caméraman de la chaîne de télévision Canal 2 International ; il a été roué de coups puis arrêté, et sa caméra a été détruite. Il n'a été remis en liberté qu'après que des soldats l'eurent obligé à les payer.
 
 

Le rapport, intitulé Cameroun. L'impunité favorise les atteintes constantes aux droits humains, dénonce également les conditions carcérales épouvantables qui prévalent dans le pays. Les prisons sont caractérisées par l'insuffisance tant de la nourriture que des soins médicaux, ainsi que par la surpopulation. 
 

Les mineurs sont souvent incarcérés au côté des adultes, et la séparation entre détenus hommes et femmes est inadaptée, ce qui donne lieu à des actes de violence et d'exploitation, sexuelles notamment. Les prisons seraient infestées de rats et de cafards, et certains détenus se sont mis à dormir dans les toilettes, faute d'autre lieu où se reposer. » 
 

LE MESSAGE DE BENOÎT XVI AU PRÉSIDENT DU CAMEROUN

Qu’avait à dire le Pape au Président et aux camerounais et camerounaises? Quel message d’espérance avait-il à leur annoncer ?
À son arrivée à l'aéroport de Yaoundé, le 17 mars 2009, dans ses échanges avec le Président, présent pour l’accueillir, il eût ces mots dont je cite un extrait qu’on ne peut passer sous silence:

 

« Le Cameroun est bien une terre d'espérance pour beaucoup d'hommes et de femmes de cette région centrale de l'Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C'est une terre de la vie où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à naître. C'est une terre de paix: à travers le dialogue qu'ils ont mené, le Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de Bakassi et montré au monde ce qu'une diplomatie patiente peut produire de bon. C'est un pays jeune, un pays béni parce que la population y est jeune, pleine de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. A juste titre, le Cameroun est décrit comme une« Afrique en miniature» qui abrite en son sein plus de deux cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu! »

 

Le tout a été suivi d’une visite de courtoisie dont les images nous rappellent la célébration de son anniversaire à la maison Blanche en compagnie de la famille Bush et de nombreux autres invités.

 

Qui, en toute conscience, peut imaginer Jésus de Nazareth se complaire en compagnie de personnages dont le pouvoir se nourrit au prix de la pauvreté et de la misère de millions de personnes? Il faut croire que les us et coutumes protocolaires de Benoît XVI cadrent davantage avec les puissances de ce monde qu’avec les déshérités de la terre. Le scandale n’est pas tant dans le condom dont l’usage diplomatique permet d’éviter de soulever des débats sur des sujets autrement plus importants comme ceux liés aux problèmes sociaux, aux abus de pouvoir, à la manipulation des institutions religieuses, à la corruption sous toutes ses formes. Il ne suffit pas de laisser quelques textes sur ces sujets, mais de créer l’évènement qui saura faire la différence dans les véritables solidarités. Pierre, le premier Pape de l’Histoire de l’Église, a ce conseil pour les anciens et ceux qui allaient lui succéder:

 

« Les anciens qui sont parmi nous, je les exhorte, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui dois participer à la gloire qui va être révélée. Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cœur ; non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. » (1 P. 5, 1-5)

 

 

 

Oscar Fortin, théologien e politologue

Québec, le 20 mars 2009

http://humanisme.over-blog.com

 

Par oscar fortin - Publié dans : RELIGION
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Jeudi 12 mars 2009


La décision d’excommunier la mère qui accepta que son enfant de 9 ans, enceinte de 4 mois de jumeaux, suite au viol dont elle a été victime de la part de son beau-père, se fasse avorter, a bouleversé le Brésil et le monde. Les médecins, ayant constaté qu’elle avait été violée et que sa grossesse mettait en danger sa vie, décidèrent, conformément aux lois brésiliennes, de l’avorter. Cette décision leur valut également l’excommunication. La raison invoquée par la hiérarchie catholique est que la vie doit être protégée à toutes les étapes de son existence. Quant au violeur, son péché étant beaucoup moins grave que celui de l’avortement, il n’en fut rien. Il pourra bénéficier de la miséricorde de l’Église.


Que sont-ils donc ces messieurs les évêques et cardinaux qui se font ainsi les apôtres de la vie? Ce sont ceux-là mêmes qui se ferment les yeux sur les systèmes politiques, économiques et sociaux qui laissent mourir de malnutrition, d’absence de soins de santé des milliers de personnes, victimes d’oligarchies, jalouses de leur pouvoir et de leurs privilèges. Qui ne se souvient de ces dictateurs qui s’imposèrent par la force dans plusieurs pays de l’Amérique latine, emprisonnant, torturant et tuant par dizaines de milliers, hommes, femmes et enfants? Nous n’avons qu’à penser, entre autres, à Batista à Cuba, à Somoza au Nicaragua, aux Duvalier en Haïti, à Stroessner au Paraguay, à Videla en Argentine et à Pinochet au Chili. Aucun d’eux n’a été excommunié pour les assassinats qu’ils ont tous commis. Ils ont plutôt bénéficié des bénédictions des plus hautes autorités de l’Église. Quant à ceux qui ont voulu les dénoncer, ils ont vite été écartés, pour ne pas dire éliminés, comme ce fut le cas de Mgr Oscar Romero au Salvador et de nombreux prêtres et chrétiens dans l’ensemble de l’Amérique latine. Qu’en est-il donc de cette vie qui doit être protégée du début à la fin? Est-elle vraiment plus importante que tout ? Si oui, que fait-on des guerres qui tuent hommes, femmes et enfants?

Il y a un double langage qui sent l’hypocrisie à plein nez. Pourquoi ces messieurs ne se font-ils pas les apôtres absolus de la non-violence, les adversaires sans compromis des guerres menées en Irak, en Afghanistan, en Palestine? Pourquoi ne sont-ils pas les alliés inconditionnels de ceux et celles qui se donnent corps et âme pour qu’il y ait une justice porteuse de vie pour tous les humains de la terre? Pourquoi ne montent-ils pas aux barricades pour dénoncer et excommunier ceux et celles qui décident et participent à ces tueries? Dans bien des cas, ils s’en font plutôt des alliés. Ce fut le cas avec les « Contras » au Nicaragua et c’est actuellement le cas avec tous les mouvements subversifs visant le renversement des gouvernements en Bolivie, au Venezuela et en Équateur. Je préfère laisser le dernier mot à Jésus lui-même :


« " Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi ; c'est ceci qu'il fallait pratiquer, sans négliger cela.

 » Mt.23, 23


Oscar Fortin, théologien

12 mars, 2009


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Par oscar fortin - Publié dans : RELIGION
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